LIVRE I, CHAPITRE III
sance et l'acte. On sépare de plus en plus dans leurs actes et dans leurs puissances les principes contigus lun à l’autre : on ne les laisse unis d’une manière intime et nécessaire que par le fond de l'être, racine obscure d’où ils sont mystérieusement sortis. Aussi comment chaque chose dépend-elle de son principe, comment en est-elle venue et émanée? Il nous est impossible de le savoir. C’est, selon Jamblique, le privilége de la nature divine, supérieure à toute connaissance .
Des lors ce n’était plus à la philosophie que Jamblique devait demander de nous conduire, soit dans la spéculation, soit dans la pratique, jusqu’à la cause première et la derniere fin. —- 11 s’était rattaché à la secte religieuse par excellence des Pythagoriciens, et prétendait ramener à leur doctrine toute celle de Platon. Il suivait leur manière de vivre, déjà préconisée par Porphyre?. Il renouvelait aussi leurs miracles, et la biographie qu'Eunape nous a laissée de lui ne consiste presque en autre chose que dans le récit des prétendus prodiges qu'il opéra. Enfin il voulait rapporter les doctrines du Platonisme et du Pythagorisme à une source sacrée, à une révélation des Dieux mêmes. Il opposait à la série des prophètes et des patriarches dont le Judaisme et le Christianisme se glorifiaient, une tra-
* Procl, ir Tim., p. 348.
2 γον. le livre de Porphyre de Abstin. carn,
dition non moins antique, qui de Platon et de Pythagore remontait, par l'intermédiaire d’Orphée, jusqu'au dieu Hermès, révélateur de toutes les sciences. La règle suprême du vrai et du faux se trouvait, selon lui, dans l'autorité des prétendus livres Hermétiques !, et de la tradition sacerdotale.
Mais surtout ce n'était plus ni à la science ni à la contemplation que Jamblique attribuait désormais le pouvoir de conduire l’âme où tend toute sagesse, à Dieu. Il placçait au-dessus de toutes les vertus de l'âme et de l'intelligence, la vertu qui nous unit avec Dieu, en nous réduisant nous-mêmes à l'unité, et il appelait la vertu unitive. C'était là, sous une dénomination peut-être nouvelle, la pensée de tous
1 Ces livres sont très-certainement spocryphes; mais ils ne sont pas tous aussi récents que quelques critiques l'ont supposé. Si le Pæœmander et le Discours sur la montagne sont évidemment d’un auteur chrétien, et probablement d’une époque postérieure à Jamblique (νου. Casaub. Exerc. 1 ad Baron. p. 71), il n’en est pas de même de tous les autres livres herméliques que nous avons en entier ou par fragments. On en comptait quarantedeux du temps de saint Clément d’Alexandrie (Strom. IV, p. 633). Le passage de l’Asclépius où Fabricius (Biblioth. gr., τι 1, p. 56) et Mosheim (ad Cudw. syst. intell., p. 386) ont cru voir une allusion aux persécutions exercées sous les empereurs contre les chrétiens, n’est autre chose qu’une description des catastrophes qui terminent chacune des grandes années du monde ; quant à la doctrine de ce livre important et peu étudié, elle présente de singuliers rapports avec celles de Philon et des Kabbalistes (principalement pour les dogmes du Verbe, de l'homme considéré comme image de Dieu et du monde, du rapport mystique des deux sexes, δ΄ 6, Voyez le livre suivant.) C’est vraisemblablement encore une production de l'école juive d'Alexandrie, et qui ne doit pas être plus récente que le premier siècle de l’ère chrétienne.