‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 179 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE HI

les Platoniciens. Mais de plus cette vertu wnitive il la nommait, par opposition aux autres vertus, renfermées dans la sphère de la philosophie, la vertu hAiératique ou sacerdotale’; il la nommait enfin la vertu {héurgique? : or le sens de cette expression, c'était sans nul doute qu'à la théurgie seule il appartenait de nous conférer la perfection suprême, et de nous identifier avec Dieu.

Telle est la pensée dont le livre des Mystères des Égyptiens présente le développement. Ce livre n'est probablement pas de Jamblique lui-même, à qui il est attribué par Proclus δ. Mais, quel qu'en soit l’auteur , c’est un monument important de cette nouvelle phase du Néoplatonisme, qui avait commencé avec Jamblique, et dont le caractère est la subordination de la philosophie à la théurgie 4.

1 Olympiodor, in Plat. Phæd. (ed. V. Cousin , Journ, des sav., 1835, Ρ- 149) : Προστίθησιν ὁ ἰάμιλιχος ..... ὅτι εἰσὶ καὶ ἱερατικαὶ ἀρεταὶ κατὰ τὸ θεοειδὲς ὑφιστάμεναι τῆς ψυχῆς, ἀντιπαρελθοῦσαι πάσαις ταῖς εἰρημέναις οὐσιώδεσιν οὔσαις, ἑνιαῖαι δὲ ὑπάρχουσαι.

? Marcin. Pit. Procli, c. 26 : Τὰς ἀκρότατας τῶν ἀρετῶν. ..... ἃς ὁ ἔνθους ἰάμδλιχος ὑπερφυῶς θεουργικὰς ἀπεχάλεσεν.

5 Aux arguments par lesquels on a déjà cherché à démontrer que ce livre n’est pas de Jamblique (voy. Meiners, Comm. soc. Goetting , t. IV, p. 50 sqq.), 11 faut ajouter qu’on y attaque l’idolätrie (p. 99, ed. Th. Gale, Oxon. 1678, in-f°), que Jamblique avait défendue.

4 Th, Gale dit très-bien (ad lib. de Myst., p. 213) : « Animæ unionem cum Diis acquiri per philosophiam voluit Porphyrius, Plotinus, reliquique proprie dicti philosophi : per theurgiam Iamblichus, Syrianus, Proclus , et ἱερατιχοὶ Omnes. »

On entendait proprement par la théurgie, conformément à l’étymologie de ce mot, l’art de faire des Dieux ; de faire des Dieux, c’est-à-dire, au moyen des rites nécessaires , de faire descendre les Dieux dans des images ou idoles qui les représentaient, et par lesquelles ils devaient habiter leurs temples’, Par la théurgie, les images des Dieux devenaient donc réellement et proprement des Dieux. Sur cette croyance, commune à l'antiquité tout entière, si l’on en excepte la Perse et la Judée, mais dont la Grèce rapportait l’origine à l'Égypte, comme celle de toute sa religion, sur cette croyance se fondait le culte qu’on rendait aux idoles sacrées, comme à autant de divinités, ou l'idolâtrie ?, que Porphyre et Jamblique défendirent, dans deux traités exprès, contre les attaques des chrétiens 5.— Mais ce n’était pas assez que les Dieux vinssent habiter parmi les hommes. Il fallait que les hommes fussent mis en état d'entrer en commerce avec eux; il fallait pour cela

1 Procl. Theol. platon , 1, 29 : À θεουργία διὰ δή τινων συμιθόλων εἰς τὴν τῶν τεχνικῶν ἀγαλμάτων ἔλλαμψιν προκαλεῖται τὴν τῶν θεῶν ἄφθονον ἀγαθότητα. Plutarch. de Pyth. orac., 8 : Τὸν θεὸν εἰς σῶμα χαθειργνύναι θνητόν.

53. C'est ce qu’on a souvent nié; entre autres Voltaire, Encyclop., art. Idolätrie.

5. Voyez les fragments du livre de Porphyre, Περὶ ἀγαλμάτων, dans Stobée, Ecl. phys. init., et Eusèbe, Præp. ον.» III, 7, et de celui de Jamblique, intitulé de même , et que Jean Philopon réfuta, dans Photius, cod. CCXV.— Il est dit aussi dans l’Asclépius attribué à Hermès, que c’est faute de pouvoir faire des âmes qu’on appelait dans les idoles celles des démons ou des anges.

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