LIVRE I, CHAPITRE ILIL
qu'ils leur fussent rendus semblables autant que possible ; il fallait que, devenus ainsi eux-mêmes des images, des idoles vivantes de la Divinité, elle vint habiter en eux, et enfin se les unir intimement, et les identifier avec elle. Rendre l’homme semblable à Dieu, et, en définitive, le réunir, l’identifier à lui, telle est la fin dernière, plus ou moins cachée ou apparente, de toute religion. Tel était devenu aussi, de plus en plus, l’objet de l’art sacré de faire des Dieux, et la théurgie se confondait avec la religion même.— La philosophie était sortie de la religion. Elle était venue pour procurer aux hommes et la connaissance et la possession des choses divines, d’une manière plus parfaite que la religion ne l’avait pu faire. Maintenant, au terme d’une carrière qu’elle avait mis près de mille ans à parcourir, et dans le même temps où une croyance nouvelle s'emparait du monde, elle revenait, désespérant d'atteindre par ses seules forces le but suprème qu’elle avait poursuivi, demander le secours des pratiques et des symboles religieux, et s’'abandonner à la théurgie.
Plotin n'avait reconnu aux rites, aux cérémonies, aux paroles sacrées, aux invocations, aux prières même qu'une vertu magique, dérivant des sympathies naturelles des choses, et qui, puissante sur
1 Plot. Enn. IV, 1v, 40.
l'âme’, ne pouvait étendre son empire jusqu’à la sphère plus haute du monde intelligible ?. Aux yeux de Porphyre, la théurgie avait une efficacité véritable pour le perfectionnement de l’homme : mais c'était seulement en purgeant de la matière grossière l’esprit, véhicule éthéré de l'âme, et en lui rendant par là plus facile ce commerce avec les autres esprits, héros, démons ou anges 4, qui peuplaient les régions de l'air et de l’éther ὅ. Il avait aussi vanté la prière; il avait dit que tous ceux qui croyaient à l'existence des Dieux, à leur providence, et à la contingence des événements du monde, avaient reconnu l'utilité de la prière pour la direction de la vie; il l'avait fait voir pratiquée avec zèle chez les peuples les plus éminents en sagesse, chez les Indiens par les Brachmanes, chez les Perses par les Mages, chez les Grecs par les théologiens qui avaient institué les mystères. Les Chaldéens aussi ne l'avaient pas négligée. Néanmoins ce n’était à ses yeux qu’un moyen secondaire, auxiliaire de la
1 Enn. IV, 111, 11: Καί μοι δοχοῦσιν οἱ πάλαι σοφοὶ, ὅσοι ἐθουλήθησαν θεοὺς αὐτοῖς παρεῖναι, ἱερὰ καὶ ἀγάλματα, ποιησάμενοι, εἰς τὴν τοῦ παντὸς φύσιν ἀπιδόντες, ἐν νῷ λαθεῖν ὡς παντάχου μὲν εὐάγωγον ψυχῆς φύσις κ. τ. À,
2 Ibid. 39, 43; 44 : Μόνη δὲ λείπεται ἡ θεωρία ἀγοήτευτος εἶναι.
5 ὄχημα. Sur la nature et les propriétés de 1᾿ ὄχημα πνευματικὸν ou σῶμα αὐγοειδὲς, οὐράνιον, αἰθέριον, selon les Platoniciens, voy. Cudworth, Syst. intell., p. 1027 544.
Ὁ Augustin. de Civ. Dei, X, 9.
5 Cf. Lips. Physiol, stoic., I, 18, 19.