‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 184 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE IIT · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IIT

Enfin, dans la prière, qui est la plus haute partie de la théurgie, nos volontés ne subjuguent pas la volonté des dieux. C’est leur action qui prévient la nôtre d'aussi loin que la volonté divine l'emporte sur le choix délibéré de l’homme’. Par leur libre vouloir, par leur bonté et leur miséricorde, les Dieux appellent à eux les âmes, et, les accoutumant à se séparer du corps pour remonter à leur principe intelligible et éternel, ils leur donnent enfin de s'unir et de 51dentifier avec eux. Les invocations ne contraignent pas les Dieux à descendre vers nous: elles purifient l’âme, et, en la détachant du corps comme par une douce persuasion, la rendent propre à entrer en participation de la nature divine ?. Puis les Dieux répandent sur elle leur lumière intelligible; puis enfin ils se l’unissent 5, Ainsi la théurgie nous rattache successivement aux puissances divines de tous les degrés, à partir de celles qui descendent le plus bas dans la nature et dans la matière, et elle nous ramène en dernier lieu à leur source éternelle 4; mais ce n'est point par des opérations magiques qui

1 De Myst. 1, 12: Πρόεισιν εἰς τὸ ἐμφανὲς mat τοσούτῳ προέχει τῆς Éχουσίου κινήσεως, ὅσον ἡ τἀγαθοῦ θεῖα βούλησις τῆς προαιρετιχῆς ὑπερέχει ζωῆς.

2 Ibid.

3 Ibid, : ἀφθόνως οἱ θεοὶ τὸ φῶς ἐπιλάμπουσιν, εὐμιενεῖς ὄντες χαὶ ἵλεω τοῖς θεουργοῖς, τὰς τε ψυχὰς αὐτῶν εἰς ἑαυτοὺς ἀναχαλούμιενοι, χαὶ τὴν ἕνωσιν αὐταῖς τὴν πρὸς ἑαυτοὺς χορηγοῦντες. Ce sont les trois degrés de la purga-

tion, de l’illumination et de l'union, distingués par toute théologie mystique. 4 Ibid. X, 6.

enchainent et contraignent les dieux : c’est par une suite de la volonté, de l'institution divine. Cependant, et tout en purifiant de tant de superstitions grossières l'idée de la religion et du culte divin, ce n’en est pas moins à des rites, à des pratiques et des formules matérielles que l’auteur du livre des Mystères égyptiens attribue la puissance de conduire l’homme à la dernière fin de la religion et de la sagesse, à l'union avec Dieu. Selon Plotin et Porphyre, ce n'était pas par l'intelligence qu’on y pouvait atteindre : c'était par une extase mystique, supérieure à toute opération intellectuelle. Mais au moins pensaient-ils que la contemplation était un échelon nécessaire pour s'élever à l’extase, et l’extase elle-même une sorte de contemplation ineffable, analogue en un sens, bien qu'opposée, en-un autre, à celle de la pensée. L'auteur du traité des Mystères va plus loin. Ce n’est pas, dit-il, la pensée qui met le théurge en communication avec les Dieux; car alors qui empêcherait ceux qui se livrent à la philosophie spéculative d'obtenir par cela seul l'union théurgique avec la Divinité? Or il n’en est pas ainsi ᾿. Cette union, on ne l’obtient que par l'observance d'actes ineffables, supérieurs à toute pensée, par la vertu de symboles inexplicables

! De Myst. II, 11 : Οὐδὲ γὰρ ἡ ἔννοια συνάπτει τοῖς θεοῖς τοὺς θεουργούς" ἐπεὶ τί ἐχώλυε τοὺς θεωρητιχῶς φιλοσοφοῦντας ἔχειν τὴν θεουργικὴν ἕνωσιν

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