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LIVRE I, CHAPITRE III

Les Platoniciens ne pouvaient donc manquer de reporter aussi leurs regards vers cette théologie antique, soit véritablement chaldéenne, soit persane ou médique, à laquelle les Gnostiques avaient emprunté leurs principes. Un recueil d'Oracles, ou sentences, attribué à Zoroastre, devint le livre saint en quelque sorte de toute l'école néoplatonicienne. Sans doute ce n’était pas le méme ouvrage sur lequel les Gnostiques s'étaient fondés, et la doctrine non plus n’en devait pas être entièrement la même. Le dogme d’un mauvais principe, en lutte contre la bonté divine, qui jouait un rôle important dans la religion des Mages et dans les théories de la plupart des Gnostiques *, comme aussi, du reste, dans celles des Platoniciens antérieurs à Ammonius Saccas, ce dogme, probablement, ne figurait plus dans les Oracles?. Mais l'idée d’un premier principe, consistant en une essence incompréhensible, placée au-dessus de toute intelligence et de toute activité, y régnait d'autant plus.

Aristote avait déjà dit que la théologie des Mages était plus ancienne encore que celle des Égyptiens, et il en avait vanté la sagesse supérieure 5, Mais ce dont il louait les Mages, c'était qu'au lieu de prendre

4 Voy. le livre suivant.

® Voy. les fragments recueillis par Patrizzi, Zoroaster, m Nova de univ. philos.

3 Arist. Metaphys., XIV, 4.

pour le premier principe le Chaos ou la Nuit, en d’autres termes l’absence même de l’être et de la réalité, comme avaient fait les premiers théologiens grecs, ils avaient vu dés l'origine que la cause première devait être ce qu'il y'a de meilleur et de plus parfait, c’est-à-dire, selon lui, l'intelligence et l'activité même. Au contraire, ce que le Néoplatonisme révère dans la théologie chaldéenne, c’est ce dogme sur lequel il croit la voir reposer tout entière, que la perfection de Dieu exclut toute pensée et toute action, et que, placé au delà de toute intelligence, la seule voie qui mène jusqu’à lui est l’extase où nous plonge l'opération mystérieuse de figures, de caractères et de formules inexplicables et inintelligibles. En un mot, si l’auteur du livre des Mystères et ses contemporains exaltent sur toute autre la théologie chaldéenne, c'est parce que c’est celle, à leur gré, qui élève le plus haut au delà de l’intelligence la plus pure et de la contemplation la plus sublime, l’essence inerte et ténébreuse, qui ressemble au néant, et les rites mystérieux de la théurgie.

Maintenant était-il nécessaire, pour rentrer avec les plus anciens des Barbares dans le sein de la religion primitive, d'abandonner la tradition de la philosophie grecque? Ne pouvait-on, au contraire, par un dernier effort, retrouver dans la doctrine de Platon les plus profonds mystères de la théologie

LIVRE I, CHAPITRE III. 497 chaldéenne? Telle fut la pensée que voulurent réaliser, dans le siècle qui suivit celui de Jamblique et dans la ville même ou Platon avait enseigné, les maitres qui y occupaient alors la chaire publique de la philosophie platonicienne.

C'était le temps, d’ailleurs, où le Paganisme, proscrit par Constantin, puis relevé et soutenu un moment par les efforts de Julien, succombait enfin dans tout l'Empire, devant la religion chrétienne. Si le culte des anciennes divinités était toléré encore, toutes les pratiques de la magie étaient sévèrement interdites !. Les Platoniciens étaient forcés, comme Édésius l’avait été sous Constantin, de cacher soigneusement leurs miracles ?. Il fallut se renfermer davantage dans l’ombre de l’école, et, de la pratique désormais dangereuse des rites de la théurgie, revenir de plus en plus à la seule culture de la philosophie. C’est ce que durent faire ceux qui se trouvaient encore chargés de l’enseignement dans l’école d'Athènes, au v° siècle, Plutarque, fils de Nestorius, Syrianus, Proclus et ses élèves. Nous ne savons si le premier laissa des écrits. Ceux de Syrianus ont péri, à l'exception d’un traité de rhétorique et d'un commentaire sur les parties de la Métaphysique d’Aristote qui contiennent la

1 Voy. Amm. Marcell. XXVIII, 1, XXIX, 1, 2; Zozim. IV, 216- 218; Eunap. Pit. sophist., p. 88-9. 3 Marin. Pit, Procli, 15.

critique des théories de Platon. Mais nous connaissons suffisamment par Proclus, par sa vie, que son disciple Marinus nous a transmise, et par ses nombreux ouvrages, la pensée de cette dernière école néoplatonicienne dont il fut le représentant le plus illustre.

Suivant Proclus, la philosophie de Platon et la théologie chaldéenne n’étaient qu’une même doctrine. Orphée était l'intermédiaire par lequelavait eu lieu la transmission de l’une à l’autre *. Aussi, malgré la haute estime qu’il professait pour les poëmes orphiques, ou pour ce qu’on appelait ainsi, ce qu'il vénérait le plus avec les ouvrages de Platon, c'étaient les prétendus Oracles de Zoroastre. Il disait que, s’il en était le maitre, il ne laisserait circuler, de tous les livres des anciens, que le Timée et les Oracles, parce que tous les autres pouvaient nuire à ceux qui les lisaient sans y être convenablement préparés ἢ. C’étaient donc là, selon lui, lés sources pures où l’on ne pouvait puiser que la vérité, une même vérité, dépouillée de toute apparence trompeuse. Mais comment amener en effet le Platonisme à cette théosophie , encore plus élevée que celle des Plotin et des Porphyre au-dessus de la sphère de l’intelligence, encore plus incompréhensible et plus ineffable, et dans laquelle consistait l'essence des antiques

1 Ibid. 26.

? Marin, Pit, Procli, 38,

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