‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 189 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

essentielle et constitutive , que c'est la nature même de l’incorporel de revenir et de se réfléchir sur lui-même ’. Le Néoplatonisme fait ici un pas nouveau dans cette voie de l'expérience intérieure où la philosophie, depuis son origine, était toujours entrée de plus en plus; il avance d’un degré dans la conscience intime de ce monde immatériel par lequel tout le reste devait de plus en plus s’expliquer. Mais quelle conséquence en tire d’abord Proclus? C’est qu'il faut introduire dans l’idée des principes incorporels une nouvelle distinction. C’est qu'il faut séparer du principe en tant que le corps y participe, le principe émparticipable qui reste pur de toute relation avec le corps. S’élever à la connaissance des idées, c'est le fait, dit-il, de celui qui a su se retirer dans son intelligence, se séparer du composé (d'âme et de corps), considérer séparément de lui la vie de l'âme et celle du corps, et ne pas sétonner que le sujet, ce à quoi le sujet participe et qui est en lui, et la forme séparée et imparticipable soient trois choses différentes. Mais pour l'homme vulgaire, qui a confondu sa vie avec la vie du composé, il est incapable de discerner le participé d'avec l’inparticipable ?. — Cette distinction, ce n'est pas seulement pour Proclus celle de deux états, de deux manières d’être différentes dans

! Procl, ἐγ Parm.

2 Procl, Znst, theol., 65.

un seul et même être : c'est une distinction d’essence et de nature. Jamblique avait déjà séparé de l'âme qui habitait le monde et qui se communiquait à toutes ses parties, une àme supérieure qui subsistait indépendante, entièrement détachée du monde.

Proclus étend à tous les principes la même division. Au-dessus de toutes les âmes particulières auxquelles les corps participent, il établit une âme supérieure et #nparticipable; au-dessus de toutes les intelligences particulières, auxquelles participent les âmes, une intelligence imparticipable. Ce n’est pas tout; il ne pense plus comme Plotin et tous ses successeurs , jusqu'à Syrianus exclusivement, qu'au fond de toute intelligence se trouve l’absolue unité, l'Un lui-même. Syrianus avait dit le premier que les intelligences ne participaient qu’à des unités parti culières, issues de l'unité absolue, et que l'unité absolue était au delà, 2mparticipable, ncommunicable, inaccessible. Celle-ci était le Dieu suprême: celles-là étaient les dieux secondaires, par lesquels il se manifestait. Telle est aussi la pensée de Proclus ?.

En résumé, outre le sujet qui participe à chaque

! Procl. Theol. plat., ed. Æm. Port., Hamb, 1618, in-f°, p. 21-22.

2 Procl. ἐπ Parm., VI, 40 : Καὶ τῶν πολλῶν ἄρα ψυχῶν ..... ἡγεῖται ar οὐσίαν ἡ ἀμέθεκτος ψυχὴ" ..... χαὶ τῶν πολλῶν νόων ὁ εἷς ἀμέθεκτος νοῦς, ὁ χωριστὸς καὶ ἐν ἑαυτῷ διαιωνίως ἱδουμένος, καὶ συνέχων ἄνωθεν πᾶσαν τὴν νοερὰν οὐσίαν. ....- Καὶ τῶν πολλῶν ἄρα χαὶ μετεχομιένων ἐνάδων ἐπέχεινα, τὸ ἀμέθεκτόν ἐστιν ἕν, πάντων, ὥσπερ εἴρηται, τῶν θείων διαχόσμων éEnen-

LIVRE I, CHAPITRE III. 503 principe , Outre ce principe auquel participe un sujet , il y a une troisième chose encore, savoir un principe de même nom, auquel rien ne participe, principe unique pour toute l’espèce, et dont celleci tient sa nature, sa forme, son τάδε. C’est ce que Proclus appelle en conséquence la monade imparticipable, ou monade principale ?.

Cependant, si entre le principe imparticipable et chacun des principes participables de même nom il n’y avait nulle filiation et nul commerce, comment le premier serait-il la cause du second? — Le premier ne se donne ni ne se communique; il ne procède en rien, et pourtant le second a en lui son origine. Donc, à chaque degré de l'échelle des êtres, nulle procession immédiate du premier principe universel à ses effets. Entre le premier principe et la procession ou l’émanation de sa nature il y a un intermédiaire nécessaire : c’est le passage de la monade imparticipable à la multitude des principes particuliers , sujets de la procession proprement dite 4. C’est ce que Proclus appelle l’abarssement (ὑπόδασις 5, ὕφεσις 6).

1 Inst. theol., 97: Πᾶσι τὴν μίον ἰδέαν χαθ᾽ ἣν ὑπὸ τὴν αὐτὴν τέταχται σειρὰν, ἐκεῖνο (sc, τὸ ἀρχικὸν αἴτιον ) δίδωσιν.

Ξ ἀρχικὴ μονὰς, ἀμιέθεκτος μονάς. Inst. theol., 64.

3 Inst, theol, 175 : Οὐδαμιοῦ γὰρ αἱ πρόοδοι γίνονται ἀμέσως.

4 Ibid. 21: Ἡ μὲν γὰρ μονὰς, ἀρχῆς ἔχουσα λόγον, ἀπογεννᾷ τὸ οἰκεῖον ἑαυτῇ πλῆθος.

$ Jbid. : Διὸ χαὶ μία, σειρὰ χαὶ io τάξις ἡ ὅλη, παρὰ τῆς μονάδος ἔχει τὴν

les Des 75 ale τὸ πλῆθος ὑποοασιν.

« ε ἣ ἢ À Vue , , 1 ἐ; $ Ibid. 125 : Αἱ μιὲν γὰρ προῦδοι δι᾽ ὑφέσεως γινόμεναι τὰ. πρῶτο, παν-

Dans la procession, il ÿ a changement d’essence, ou de nature, de telle sorte que la chose produite n'est que l’image du principe qui procède en elle : l'abarssement est l’acte préalable par lequel la monade, en chaque ordre, devient particulière, d’universelle qu’elle était, sans que, pour cela, il se fasse en elle le moindre changement de nature '. Ainsi l'Unité procède dans les intelligences particulieres, mais par l'intermédiaire d'unités particulières qu’elle pose, quelle constitue d’abord par un simple abaissement, et qui sont comme les sommets et la fleur des intelligences ?. L’Intelligence universelle procède dans les âmes, mais par des intelligences particulières auxquelles elle est préalablement descendue. L’Ame universelle se multiplie par la procession dans les natures, qui se divisent avec les corps; mais c’est par l'intermédiaire des âmes particulières, premier résultat de son abaissement 5.

Provid. (Procl. opp., ed. V. Cous., t. I), p. 103 ; Unumquodque omnium semper factum aliud præter id quod ante ipsum, quousque ad ulüimum pertingat ipsius seiræ id est ordinis. Theol. plat., p. 120.

1 In Parm., IV, 172 : Πᾶσαι τῶν ὁπωσοῦν εἶναι λεγομένων αἱ μονάδες τὰ μὲν παράγουσιν ὡς ἀπὸ ὁλικῶν ἑαυτῶν χαθ᾽ ὑπόθασιν μερικώτεραι, τῆς ἰδιότητος τῆς αὐτῆς μιενούσης, μερικωτέρας δὲ τούτων γιγνομένης, τὰ δὲ χατ᾽ οὐσίας ἐξαλλαγὴν, ὡς ἀπὸ παραδειγμάτων εἰχόνων γίνεσθαι πρόοδους.

2 In Parm., NI, 16 : ἵπερουσίοι γὰρ αἱ ἑνάδες αὗται, καὶ, ὥς φησί τις, ἄνθη χαὶ ἀχρότητες. ?

5 Ibid. p. 121.

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