‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 190 sur 228 · LIVRE 1, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE III

C’est donc par les âmes particulières, desquelles elles procèdent, que les natures se rattachent à l’Ame universelle ; c’est par les intelligences particulières que les âmes se rattachent à l’universelle Intelligence; c'est, enfin, par les unités que les intelligences particulières sont en communication avec l'Unité absolue. Car pour unir entre elles des natures dissemblables , il faut un moyen terme.

Tandis que, dans la Métaphysique, toutes les existences résultaient de la participation différente et inégale des puissances de l’élément matériel à un seul et même principe, principe un et simple dés que toute matiere en était éloignée, et que la matière seule représentait multiple et divers, le Néoplatonisme a tenté de tout expliquer par le développement . d'un seul et même principe, placé plus haut que celui de la Métaphysique. Mais alors comment s'expliquer que ce qui est par sa nature la perfection absolue descende, sans que rien l’y contraigne, jusqu’au dernier degré de l’imperfection? Pour atténuer, pour dissimuler du moins la contradiction, pour tenir, tout ensemble, les extrêmes éloignés l’un de l’autre, et ménager le passage de l’un à l’autre, les Platoniciens devaient être conduits, comme l'avaient été les Gnostiques, à insérer entre le point de départ et le point d’ar-

1 Theol. plat., p. 123: Οὐδὲ γὰρ τῷ ἐξηρημένῳ τοῦ πλήθους αἰτίῳ

\ , FE Le 4 , μῦν ἣν , δυνατὸν ἀμέσως ἑνοῦσθαι τὰ ἀνόμοια, γένη τῶν ὀευτέρων,

rivée, entre le premier principe et le dernier effet, tous les moyens termes imaginables. De là les généalogies sans fin’ des éons des Valentiniens; de là les différents degrés déjà distingués par Jamblique dans les processions de chaque ordre de principes ?. De là, enfin, cet abaissement placé par Proclus entre chaque principe et le premier moment de sa procession, pour expliquer encore, avant tout changement de nature, la simple plurification.

Les Platoniciens ne reconnaissant point l'acte simple de l'intelligence pure, la pluralité commençait, suivant eux, dès le monde intelligible. Antériéurement à la division, plus complète encore, des âmes et des corps, le monde intelligible était déjà partagé en une multitude d'idées ; d'idées, c’est-àdire, selon Plotin, d'intelligences particulières, manifestations diverses de l’Intelligence universelle. En conséquence, dans le système de Plotin, les intelligences particulières étaient les intermédiaires nécessaires par lesquels les àmes particulières procédaient de l'intelligence universelle et y retournaient. Mais, selon lui la multiplicité des intelligences ne commençait, à vrai dire, que dans celle des âmes qui en émanaient ; c’étaient comme les origines des rayons, qui n'apparaissent différentes du centre que

! Paul. Epist. ad, Tit., VIL, 9.

? Procl, ἢ Tim., p. 299.

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