LIVRE I, CHAPITRE ΠΙ
dans les rayons mêmes, et qui, considérées antérieurement aux rayons,ne sont autre chose que le centre. De la sorte, la différence entre l'Intelligence universelle et les intelligences particulières, considérées antérieurement aux âmes, se réduisait à une différence toute logique. En revenant à l'intelligence particulière qui était comme son sommet et son point de départ, c'était à l’Intelligence universelle elle-même que chaque àme revenait s'unir. — Maintenant, en supposant tous les principes particuliers déjà détachés par eux-mêmes du principe universel, avant toute procession dans une nature inférieure, Proclus soustrait définitivement à l'intuition, à la conscience immédiate de toute nature particulière chacun des trois grands principes universels, Ame, Intelligence ou Unité. Ce n’est plus par aucune connaissance directe qu’on: y peut arriver, mais uniquement par l’analogie, et par la négation de toutes les déterminations particulières ἢ.
Cependant, en supposant même le principe universel de chaque ordre abaissé, mais sans le moindre changement de nature, à la multitude des principes particuliers, comment se peut-il encore que chacun procède, sans changer en luimême, dans une nature différente et inférieure? — Plotin avait dit que faire procéder l'Un dans [Ἰη-
! Procl. Znst. theol., 162; Comm. in Tim., p. 289; ir Parm., VI, 16, 46, etc.
telligence par un acte quelconque, c’est-à-dire, selon lui, par un mouvement, c'était lui attribuer des propriétés qui ne commencent qu'avec l'Intelligence elle-même, et que par conséquent la procession de l’'Un ne pouvait être qu'un effet de son essence et de la pure nécessité de sa nature. — Or, que reste-t-il dans une cause, si l’on en retranche rigoureusement tout acte par lequel se caractérise et s'exprime sa manière d’être, que reste-t-il, sinon le simple fait de son être, ou de son existence? Que signifie donc de dire qu'elle ne produit pas par un acte, sinon qu'elle produit par le simple fait de son être? Telle est la condition nécessaire pour que la procession de la cause en ses effets s'effectue sans qu’elle change, et sans qu’elle participe à leur imperfection. C’est la pensée que Proclus dégage (après Syrianus son maitre) de la théorie de Plotin , et qui , ainsi simplifiée, devient pour lui la théorie universelle de la procession des principes. Supposer que c'est par un mouvement, par un acte, que le principe, quel qu’il soit, procède dans la nature inférieure, c’est l’y abaisser luimême. C’est pour cela, suivant Proclus, qu'Aristote n’a fait de Dieu que la cause finale du monde : il n’a pas voulu, en faisant de Dieu une cause efficiente, lui attribuer un mouvement qui n’appartient qu'aux êtres placés au-dessous de lui 1. — On ne recourt à
΄ - ΄ , 2 4 ‘In Parm., VI, 161: Καί μοι δοκεῖ καὶ ὁ δαιμόνιος Ἀριστοτέλης διὰ
LIVRE I, CHAPITRE III. 509 l’action que par défaut de puissance; produire par son seul être est le propre de la cause parfaite qui n'a pas besoin, pour produire, de déroger en rien à sa nature et de sortir de son inaltérable quiétude ï.
Ainsi, ce n'est pas par une opération intellectuelle et volontaire que l'âme produit le corps, ni l'intelligence l'âme. Ce n'est pas sans connaissance, il est vrai?, mais ce n’est pas par la connaissance : c'est par l'être, par l'existence seule. Et c'est par son être, également, que l'Unité produit l’Intelligence $.
Chaque principe fait, par son seul être, ce qui vient après lui. Et c’est pourquoi, comme on le voit dans la génération naturelle , il le fait semblable à lui, il le fait son image; en sorte que la cause est tout ce qu’elle produit, mais d’une manière différente et supérieure 4.
ταῦτα τὸ καθ᾽ ἑαυτὸ πρῶτον ἀπλήθυντον φύλαττων τελικὸν αἴτιον τῶν πάντων ποιεῖν μιόνον, ἵνα. un, ποιοῦν πάντα διδοὺς, ἀναγκασθῇ δοῦναι τὴν πρὸς τὰ μετ᾽ αὐτὸ ἐνέργειαν αὐτῷ" εἰ γὰρ μιόνον τελικόν ἐστι, πάντα μὲν πρὸς αὐτὸ ἐνεργεῖ; αὐτὸ δὲ πρὸς οὐδέν.
1 In Parm., NI, 159 : Κινδυνεύει ἄρα τὸ τῷ ἐνεργεῖν τι παράγον δι᾽ ἔλλειψιν τοῦτο πάσχειν δυνάμεως, χρεῖττον δὲ εἶναι τὸ τῷ εἶναι μόνῳ παράγειν. Τοῦτο οὖν ἄπραγμον ἐστι ποιήσεως. Υ͂, 7: ἀπράγμων γὰρ ἡ ποίησις τῶν αὐτῷ τῷ εἶναι ποιοὔντων ὃ ποιοῦσι.