LIVRE I, CHAPITRE III
à Plotin et à Porphyre? Une seule chose, conséquence nécessaire, entrevue seulement par leurs devanciers, du principe général de la philosophie platonicienne : et cette chose, encore une fois, c’est que toute cause véritable renferme d'une maniére supérieure tout ce qui vient après elle, parce qu'elle le produit, non par un acte du méme ordre, comme un mouvement produit un mouvement, mais par son être seul. Dès lors, nonseulement, comme Plotin et Porphyre l'avaient pensé, la providence ne consiste pas dans une prévision intellectuelle et une prédétermination volontaire; non-seulement elle consiste en cela seul que le premier principe renferme toutes choses à l’avance ramassées en un centre indivisible, d’où elles procèdent sans s’en échapper; mais de plus c'est par son être que le premier principe produit tout, et par conséquent sa providence n'est que son être même, antérieur à toute espèce de détermination.
Enfin, comme c'est par leur être, par leur pure existence que les principes, et le premier principe surtout , produisent et conservent tout ce qui existe, comme cest dans leur être que consiste ce qu'il y a en eux de plus élevé et de plus excellent, de même, et par une conséquence nécessaire, c’est dans la réunion de notre être à leur être, au dela de toute action et de toute pensée,
δι. PARTIE IV.—HISTOIRE.
que consiste la fin du mouvement de retour ou d’ascension de notre àme.
Selon Plotin, le souverain bien ne se trouvait pas, comme Aristote l'avait cru, dans l'acte de la pensée contemplative, mais dans un transport, une extase, où l'âme, sortant d'elle-même, se confondait avec l’absolue unité. Proclus donne à la faculté par laquelle l'âme s’identifie avec Dieu, un nouveau nom, ou plutôt un nom emprunté soit à la théologie chrétienne , soit à l’école juive d'Alexandrie, le nom de foi. Cette dénomination que Platon avait appliquée au mode de connaissance le plus imparfait, à la croyance, toujours confuse et peu sûre, que nous donnent les sens, Proclus la transporte, avec les chrétiens et avec Philon, aux choses divines; avec eux il ajoute, dans la définition de la for, à l’idée de la simple persuasion, opposée à la certitude du savoir, celle de la confiance que produit dans l’äme la présence du bien; mais c'est pour placer la foi encore plus haut que le Christianisme lui-même ne l'a fait, Selon lui, Dieu se manifeste par ces trois altributs, la beauté, la sagesse , la bonté, qui nous ramènent à lui. La beauté nous ramène par l'amour qu'elle fait naître; la sagesse, par la vérité; la
1 Theol. plat., p. 62 : Ἀναγκαῖον dou καὶ τὸν μὲν φιλολήθη πιστὸν εἶναι, τὸν δὲ πιστὸν εἰς φιλίαν εὐάρμιοστον.