‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 198 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

ments avec lesquels l'Unité divine forme tout, la limite et l'illimité ou infini, principes, l'un de toute forme, l'autre de toute matière. Et la deuxième des trois grandes hypostases divines se décompose ainsi en trois triades : la limite, l’illimité, et l'Être; la limite, l'illimité et la Vie; la limite, l’illimité et l'Intelligence ; trois triades dont la seconde procède de la première, et la troisième de la seconde". Mais alors, comment se fait-il que l’âme ne vienne , dans l'ordre des principes, qu'après l’intelligence? L'âme n'est-elle donc pas le principe de la vie, la vie même en essence? C'est ainsi que l’avaient définie et Platon et l'antiquité tout entière; c’est ainsi que Proclus la définit lui-même ?. Va-t-il done, de la place qu’elle ἃ toujours occupée dans le système platonicien, la transporter à un rang plus élevé, au-dessus de l'intelligence? — 1] la maintient au rang que ses prédécesseurs lui avaient tous assigné3; mais là où il établit la priorité de la vie sur l'intelligence , il oublie ou il dissimule l'équation qu'il a établie lui-même, partout ailleurs, entre l'âme et la vief. Il ne donne plus au mot d'âme que le sens particulier et restreint d'âme raison-

1 Theol. plat., p. 141; Inst. theol., 89; in Tim., p. 80, 251; in Parm., VI, 64.

2 Inst. theol., 188 : Πᾶσα ψυχὴ ἀυτόζωος ἐστίν" ..... τὸ ἄρα εἶναι αὐτῆς ταὐτὸν τῷ ζῇν.

5 In Tim., p. 198-199; Znst. theol., τ83 5644.

4 Inst. theol., 101-102,

520 PARTIE IV.—HISTOIRE. | nable, c’est-à-dire d'âme humaine: : il affirme même que Platon ne l’entendait pas autrement ?. Et l'intelligence, au contraire, qui a toujours été, pour tous les Platoniciens et pour lui-même, l’intelligence pure, à laquelle l'homme seul participe, il la prend dans le sens le plus général et le plus étendu. Ainsi, il y a un grand nombre d’animaux doués de quelque connaissance , de quelque imagination, de quelque mémoire, mais qui n'ont pas la raison en partage : Proclus leur accorde l'intelligence et leur refuse l'âme. Bien plus, même lorsqu'il représente l'âme comme le principe de la vie, il trouve moyen encore d’attribuer à lintelligence plus de généralité et d’étendue : les êtres inanimés ont une forme, du moins; or la forme vient de l'intelligence ; donc l'intelligence s'étend plus loin, s'étend à plus de choses que l’äme ὃ, Tel est l'étrange expédient par lequel Proclus échappe un moment à une contradiction inévitable.

1 Theol. plat, p. 128 : Οὐκοῦν ψυχὴ μέν ἐστι τὸ πρώτως ὑπεριδρύμιενον σωμάτων, νοῦς δὲ ἐπέκεινα ζωῆς (leg. omnino ψυχῆς), ζωὴ δὲ νοῦ πρεσόυτέρα, τὸ δὲ ὃν ἐφ᾽ ἅπασιν ἵδρυται τὸ πρώτως ὄν. Καὶ πᾶν τὸ ψυχῆς μετέχον πολλῷ πρότερόν ἐστι γοῦ μετειληφός" οὐ πᾶν δὲ τὸ τῆς νοερᾶς ποιήσεως ἀπολαῦον, καὶ ψυχῆς μετέχειν πέφυχε. Ψυχῆς μὲν γὰρ τὰ λογικὰ μετέχει ζῶα μόνον, ἐπεὶ καὶ ψυχὴν τὴν λογικὴν ὄντως εἶναι φαμέν.

2 Ibid. : Ψυχῆς γὰρ ἔργον φησὶν ἐν Πολιτείᾳ, τὸ λογίζεσθαι καὶ τὰ ὄντα σποπεῖν.

5. Ibid. ; Znst. theol., 57 : Οὐχ, ὅσων δὲ νοῦς, καὶ ψυχὴ αἰτία, ἀλλὰ καὶ πρὸ ψυχῆς ἐνεργεῖ. — Καὶ γὰρ τὸ ἄψυχον, καθόσον εἴδους μετέσχε , νοῦ μιετέχει

C’est que deux méthodes contraires se disputent, le Néoplatonisme, à l'insu du Néoplatonisme lui-même; dans le système de Proclus, leur opposition secrète éclate enfin, et, pour les accorder, sa pensée incertaine flotte de l’une à l'autre. Ces deux méthodes sont celles de Platon et d’Aristote; ce sont les deux méthodes qui conduisent en effet, dans la recherche des principes, à deux sortes d'unité, deux sortes d’universalité , deux sortes de causalité entièrement opposées.

Platon avait considéré comme l'essence des choses particulières la forme générale qui est tout entiére en chacune d'elles : c’est ainsi que l’homme se trouve dans tous les hommes, l'être dans tous les êtres. Dès lors la généralité étant prise pour le caractère mênie de l’essence et de la cause, le degré de la généralité devenant la mesure précise de la causalité, la cause première devait être ce qui est le plus général, ce qui appartient tout entier au plus grand nombre de choses. C'était, comme Aristote le fit voir, placer au plus haut rang le moindre degré de l'être et de la perfection.

Au contraire Aristote, avait vu le principe des choses dans l'acte qui spécifie, détermine et achève l'être. Il avait donc dù prendre pour le premier principe la plus parfaite de toutes les natures, parfaitement individuelle en elle-même , universelle

seulement en ce sens indirect et secondaire. que tout en dépend et que tout sy rapporte. De là, . tandis que pour le premier la cause suprême est le pur étre, ou l'unité plus vague encore , qui est en tout el partout également, pour le second, c’est la Pensée, le Simple, à quoi tendent et aspirent, et dont s’approchent inégalement tous les êtres.

Telles sont les deux conceptions opposées que le Néoplatonisme, pour les concilier, a confondues, et dont la contradiction se manifeste à la fin dans le système de Proclus.

Comme Aristote, les Platoniciens veulent classer les principes dans la proportion de leur perfection, et selon le degré de leur être. C’est en ce sens qu'ils ont placé l’Intelligence au-dessus de l’Ame. Or, de la sorte, le plus élevé de tous les principes est celui duquel le plus de choses dépendent, parce qu'il en est la cause, mais qui, par cela même, n’est dans sa perfection qu’en soi seul. Or c'est à une conclusion diamétralement opposée que conduisent inévitablement la méthode même et l'idée génératrice de la philosophie platonicienne : c'est à ériger de préférence ‘en principe ce qui est en toute chose, et qui est en toute chose tout ce qu’il est. À ce point de vue, la vie doit être placée au-dessus de l'intelligence, et au-dessus de la vie l'existence pure et simple; et au-dessus de l'existence même, l'unité, plus générale encore, plus dépourvue d’attributs,

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