LIVRE I, CHAPITRE
plus voisine du néant, et dans laquelle l'être et le non-être s'identifient.
Syrianus et Proclus défendirent l’un après l’autre contre Aristote les zdées de Platon, le premier dans son commentaire sur les parties de la Métaphysique où Aristote avait fait la critique des idées platoniciennes et pythagoriciennes, le second dans son commentaire sur le Parménide de Platon. C’est dans cette double défense que se manifeste de la manière la plus évidente la contradiction radicale des principes et des méthodes opposées que le Néoplatonisme s’est efforcé de réunir:
Avant tout, Syrianus et Proclus repoussent les interprétations erronées de la doctrine platonicienne qui refusaient aux zdées l'existence sub stantielle. Les idées ne sont pas des mots, comme Chrysippe, Archedème et la plupart des Stoïciens l'avaient dit; ce ne sont pas des universaux tirés par l'abstraction des choses particulières, selon l'opinion de Boéthus le Péripatéticien et du Stoicien Cornutus; ce ne sont pas de simples conceptions de l’âme humaine, comme l'avaient pensé Cléanthe, et même Longin, l’un des principaux disciples d’Ammonius Saccas ; ni enfin, ainsi que le croyaient les Atticus et les Plutarque, des notions résidant éternellement dans l’âme universelle". Les idées ne
1 Syrian. ἐμ Aristot. Metaph., cod. MS. Bibl. Reg. Paris. 1895, in-{ol., fo δ: ἢ.
sont pas seulement les objets éternels de l’intelligence divine, ni les conceptions qu’elle en a. Fondées, édifiées en elle, elles ne diffèrent pas d'elle, elles forment sa substance , elles constituent son être . Ainsi les édées ne sont pas uniquement des causes finales qui attirent à elles les choses et les amènent à la perfection : ce sont aussi les causes génératrices, efficientes, qui donnent l'existence ?. Elles ne tiennent donc pas seulement à l'intelligence en tant qu'intelligente, mais à l'intelligence en tant qu'intelligible. L'intelligence en tant qu'intelligible est l'ensemble ou la plénitude des idées3. Les idées sont donc en quelque façon antérieures à l'intelligence elle-même. Avant d'exister dans l'artisan suprème, c’est-à-dire dans la pensée, elles existent déjà dans le monde intelligible, c'est-à-dire dans l'être 4.
1 Ibid., f 52 a : Οὐδὲν ἄρα τῶν ὄντων ὄντως ἀπολείπεται τῆς οὐσίας τοῦ νοῦ, ἀλλ ἱδρύει ἀεὶ τὰ εἴδη, ἐν ἀυτῷ, οὐχ ἕτερα ὄντα παρ᾽ αὐτὸν καὶ τὴν οὐσίαν αὐτοῦ, ἀλλὰ συμττηροῦντα αὐτοῦ τὸ εἶναι. Procl. ἐπ Parm., t. V, p. 8.
3 Syrian. ἐπ Arist. metaph., f° 53 a: Αἰτίαι γὰρ οὖσαι γεννητικαὶ καὶ τελεσιουργικαὶ πάντων αἱ ἰδέαι, καὶ ὑφίστασι τὰς οὐσίας καὶ τελειοῦσι πρὸς ἑαυτὰς ἀποστρέφουσαι.
5. Procl. in Parm.,t. V,p. 152 : Πλήρωμα ἔσται τῶν εἴδων χατὰ τὸ ἐν ἑαυτῷ VONTOY ᾧ νοῦς.
4 Syrian-in Arist. Metaph., 5 52 a: Πῶς οὖν χατ᾽ αὐτοὺς ὑφέστγρεε τὰ εἴδη τοὺς τῆς ἀληθείας φιλοθεάμονας ; νοητῶς μὲν χαὶ τετραδικῶς ἐν τῷ adreζῴῳ, νοερῶς δὲ χαὶ δεχαδιχῶς ἐν δυμιουργικῶ νῷ. La tétrade pythagoricienne répond, suivant Syrianus et Proclus, au Παράδειγμα ou Αὐτοζῶον, qui est le verre, et la décade au δυμίουρνος, qui est le νοερόν. Voy. Procl. ir Tim., ΡΡ- 98, 136.