‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 20 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE I. Μὴ · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I. Μὴ

tout d'avance dans son sein, et l’en fait sortir, un ensemble d'êtres différents suscités de l’indétermination du possible par l’action initiale d’une cause supérieure.

Mais après avoir repoussé l'idée d'une âme universelle, et éloigné de la nature la présence divine, se renfermant presque entièrement dans la physique, Straton laissait comme en dehors de la science, dans une région inaccessible et bientôt, peut-être, problématique, cette cause première à laquelle Aristote avait dit que la nature et le monde étaient suspendus.

Maintenant il établissait avec Théophraste, et peut-être plus fortement encore, que tous les actes de l’entendement humain étaient des mouvements". Et réciproquement, tandis qu’Aristote n'avait guëre montré que la dépendance de l'entendement à l’égard des sens, Straton faisait ressortir la dépendance des sens à l'égard de l’entendement : point de sensation sans l'attention que l'intelligence y donne? ; bien plus, nous n’avons pas une âme pour sentir, et une autre pour comprendre et penser : l'entendement et le sens sont un. Les divers sens ne sont que comme autant d'ouvertures par lesquelles sort et se montre une seule et même âme,

1 Simplic. ἐπ Phys. Ê 225 a,

? Plutarch, de Solert, anim, 3.

k8 PARTIE IV.—HISTOIRLE.

répandue sans division dans tout le corps; pensée empruntée à Héraclite, et que le Stoicisme allait reproduire’, Et cest dans la partie principale de l'âme, dans le principe dirigeant, que Straton de Lampsaque plaçait, comme les Stoiciens, les sensations, et de plus les affections elles-mêmes?. Ainsi l'entendement et la sensibilité devaient être à ses yeux une même chose, que l'abstraction seule séparait en deux facultés différentes.

C'est sans doute d'après le même principe qu'il disait avec Épicure , son adversaire dans toute la physique, que les idées, prétendues intermédiaires entre les choses et les mots , n'étaient rien; en sorte que les mots désignaient immédiatement les choses mêmes, non les idées de ces choses, et qu'il n'y avait rien de plus que les choses particulheres et les

Sext. Empir. adv. Math. VII, 350 : Οἱ δὲ αὐτὴν (se. τὴν διάνοιαν) εἶναι τὰς αἰσθήσεις, καθάπερ διά τινων ὀπῶν τῶν αἰσθητηρίων προκύπτουσαν" ἧς στάσεως ἦρξε Στράτων, χαὶ ὁ Αἰνησίδημος. Tertull. de An. ap. Salmas. ad Epictet. p. 183 : Non longe hoc exemplum (l'orgue hydraul que d’Archimede) a Stratone et Ænesidemo et Heraclito. Nam et ipsi unitatem animæ tuentur, quæ in totum corpus diffusa ubique, ut flatus in calamos per cavernas, ila per sensualia variis modis emicet, non tam concisa quam dispensata. -— Emicare rend élégamment le προχύπτειν grec. — Sur l’opinion d’Héraclite, cf. Chalcid. ir Tim. (Lugd. Batav. 1607, in-4°), p. 330.

? Plutarch. de Plac. phil, IV, 23 : Στράτων καὶ τὰ πάθη τῆς ψυχῆς καὶ τὰς αἰσθήσεις ἐν τῷ ἡγεμονικῷ, οὐχ ἐν τοῖς πεπονθόσι τόποις, συνίστασθαι x. τὶ À. Les Stoïciens placaient les affections dan. les endroits du corps affectés (parce qu’ils éloiguaient de 1 ἡγεμονικὸν loute passion ); Épicure y plaçait et les affections et les sensations ; ibid.

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