‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 21 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE I. τ · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I. τ

mots'; première formule de ce nominalisme qui devait jouer un si grand rôle au moyen âge. Aristote aussi avait nié la réalité absolue des idées, et les avait réduites à des possibilités qui n'existent en acte que dans les individus. Mais il leur reconnaissait un principe supérieur dans le premier intelligible, la pensée absolue, objet de lintuition intellectuelle , dont elles expriment les différents rapports possibles avec le monde sensible. En les détachant de ce principe, Straton devait ne plus rien y trouver de réel qui n'appartint aux individus, et après les individus ne reconnaitre pour existant rien autre chose que des mots.

D'un autre côté, tandis qu'Aristote avait vu dans la force génératrice de la semence quelque chose d'incorporel , inhérent, comme à son sujet, à une particule de léther, mais qui lui imprimait le mouvement sans se mouvoir, ainsi que l'âme l’imprime au corps, et la pensée divine au ciel, Straton, comme apres lui les Stoiciens, réduisait cette force à la substance même dans laquelle elle réside, et

1 Sext. Empir. adv. Math. VIII, 13. Les Stoiciens reconnaissaient ces trois éléments : Τὸ ruyyavov, l’objet extérieur ; τὸ σημιαινόμιενον., ou λεχτὸν, l’idée qui le représente et que le mot exprime; el τὸ σημαῖνον, le mot. Et l'opinion des Péripatéticiens en général passait pour être la même. Ibid. 21, et Ammon ἐπὶ libr. de Interpret. Ὁ. 7.5. 564. Cf. Boeth. in libr. de Interpret., ed. 28, p. 293 (Opp., Basileæ, 1570, in-f° ), Mais les Stoïciens appelaient le λεχτὸν incorporel, c’est-à-dire, dans leur langage, non réel, et ainsi, dans le fond , s’éloignaient peu de l'opinion de Straton et d'Épicure,

en faisait ainsi un corps". En général, il devait donc, au lieu de considérer avec Aristote l'élément éthéré comme le premier organe du principe vital, en faire ce principe même.

Or, on a vu que suivant la philosophie péripatéticienne , le principe de la vie ne différant pas en substance du principe sensitif, ou l'âme végétative de l'âme sensitive, ni celle-ci de l’entendement ou de l’âme raisonnable, et dans la doctrine de Straton principalement la partie inférieure de l’âme ne faisant qu’un avec la plus élevée, la pensée de ce philosophe devait être, comme celle de Dicéarque (quoiqu'il l'ait sans doute moins ouvertement 'exprimée), que toutes les âmes n'étaient quedes modes inséparables du corps en général, du cinquième et plus subtil élément en particulier ; et ce n’est probablement pas sans raison qu'on lui attribue l'opinion que la cause de tout, du moins dans les limites de la nature, était la substance chaude ?, c’est-à-dire l’éther.

Ainsi, en résumé, dans Théophraste, dans ses contemporains Cléarque, Aristoxène et Dicéarque, dans Straton, une double tendance se manifeste

τ Plutarch. de Plac. philos. N, 411.

? Epiphau. ἐμ Syntomo: Στρατωνίων ἐχλάμψαν (leg. Στράτων ἐκ Λαμψαχκῆς) τὴν θερμιὴν οὐσίαν ἔλεγεν αἰτίαν πάντων ὑπάρχειν. — Pour les points sur lesquels Straton s’écartait d’Aristote dans la physique, voy. Plutarch. «εἰν. Col. 143; Simplic. x Phys. ff. 140, 168, 187; ἐπ libr. de Cœl. f. 62; Sext. Empir. adv. Math. X, 155, 177.

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