‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 202 sur 228 · LIVRE 1, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE I

les notions abstraites que multiplie à plaisir la vaine fécondité de son analyse, viennent prendre place, réalisées et personnifiées , dans ce panthéon où il veut recueillir les divinités de toutes les nations et de tous les siècles. Le philosophe, disait-il, devait être l’hiérophante du monde entier . Puis, à la suite des dieux, la foule innombrable des anges, des démons et des héros. Ainsi cette théologie, entièrement fantastique en apparence, c’est un système logique des idées, transformées, plus que jamais, en autant de substances et de causes efficientes.

En redevenant, comme au temps de Platon, autant d'idées, les principes, les causes des Platoniciens ne font que revenir à leur véritable nature, et rentrer dans leur source. Etile vice qui s’y trouvait, et qui ne se trahissait jusque-là que par ses conséquences, se manifeste enfin dans sa racine première.

Dans la doctrine néoplatonicienne, les principes sont présents partout par leur procession, et en même temps ils demeurent en eux-mêmes, indépendants et séparés. Mais ce n’est pas tout : chaque principe est partout tout entier; il descend tout entier jusqu'aux derniers confins et dans les plus ‘basses régions de la matière. C'est pour cela même, on l’a déjà vu, qu’afin de lui conserver son indé-

! Marin, Pit. Procl., ©. 19.

pendance, il faut séparer en quelque sorte de luimême sa pure essence, et la reculer comme à une profondeur inaccessible, d’où elle ne se communique que par un inexplicable et chimérique abaissement. Or, pourquoi ce caractère imposé aux principes par les Platoniciens, d’être partout à la fois tout entiers? C’est que c’est le caractere de l’universel logique, à la fois tout entier, sans différence et sans distinction de degrés, dans tous les individus de même espèce. — Dans la doctrine d’Aristote, le principe est un acte, qui n’est tout entier Juimême que séparé absolument de la matière, et qui ne se trouve partout ailleurs qu'à des degrés différents, dans des proportions inégales, selon la capacité, selon le pouvoir des choses. Dans la doctrine platonicienne, le principe est l'essence considérée comme le sujet universel et indifférent des modifications qui constituent l'existence actuelle; et de là cette maxime, inconnue à l’Aristotélisme 1, que le principe incorporel, en vertu de son indivisibilité, est partout de même et tout entier.

En second lieu, en même temps que la philosophie néoplatonicienne, précisément parce que ses principes sont véritablement moins distingués des choses qui en procèdent, s’efforce de les élever au

C’est ce qui n’a pas échappé au génie pénétrant de Cesalpini; voy. Quest. peripat. V, 7 : « Vulgata est sententia animam esse totam in toto corpore , etc.

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