LIVRE I, CHAPITRE III
dessus d’elles plus encore que ne l’avait fait Aristote, c'est dans l’indéterminé, c'est par conséquent dans l’imparfait qu'elle tend de plus en plus à les faire consister. C’est que le résultat nécessaire de la généralisation, c’est-à-dire de la gradation logique des idées , est de placer au-dessus de l'intelligence la vie, au-dessus de la vie la pure et simple existence. C’est qu'en marchant, dans la recherche des principes, du particulier au général, et en passant, par une abstraction progressive, de la pensée à la vie et de la vie à l'existence, on en vient enfin à préférer à toute opération intellectuelle l'anéantissement dans l’indéfini absolu du pur étre, et, après ce sublime effort pour s'élever plus haut que le plus haut degré de la contemplation, à prendre pour l'idéal suprême de la perfection, une condition inférieure à celle mème de la matiere brute. Tel est le résultat, encore obscur chez Plotin, que mettent enfin en lumière les Syrianus et les Proclus.
Pour s'élever au dela de la dualité de principes opposés à laquelle la métaphysique péripatéticienne semblait s'arrêter, le Néoplatonisme n'a pu que remonter à cette Unité indéterminée que Platon avait autrefois poursuivie .Les contraires séparés par l’Aristotélisme , s’y retrouvent d’abord réunis, conciliés en apparence; puis l'élément matériel l'emporte nécessairement, et le premier principe est réduit, par le progrès nécessaire de la même méthode dialec-
tique qui sert à le découvrir, à l'existence pure, dépourvue de toute qualité, de toute forme, être virtuel, qui n'est, à vrai dire, que l'absence même de toute réalité.
Aussi, après cette dernière tentative, accomplie par Syrianus et par Proclus, forcé de reconnaitre enfin dans l'unité qu'il érige en principe, soit la contradiction des éléments qu’elle renferme , ou l'insuffisance de la pure possibilité , le Platonisme renonce pour ainsi dire encore une fois à lui-même, pour rentrer avec l’auteur du traité des Mystères égyptiens dans l’abime du mysticisme oriental, ou pour se rendre avec Piotin à la Métaphysique péripatéticienne.
Dans le dernier monument considérable que la théologie platonicienne paraisse avoir produit, les Questions et solutions sur les premiers principes, Damascius met le premier principe plus loin encore, s'il se peut, par-delà toute intelligence et toute activité que les Plotin, les Jamblique et les Proclus méme n'avaient fait. Tous avaient déjà dit que l'Un , étant au-dessus de letre, était comme un non-être, supérieur à toute détermination, quelle qu'elle füt, et par conséquent impossible à connaître. Selon Damascius, on ne peut pas même savoir s'il peut ou ne peut pas être connu’, On
. “ 4“ “ " ‘ " ς Ἢ Damasc. de Princip., p. 20 : Ὅπερ οὕτως ἐστὶν ἄγνωστον, ὡς “μηδὲ τὸ