LIVRE I, CHAPITRE [IL
distingué, et le principe matériel revient se placer au-dessus des Unités, immédiatement au-dessous ou plutôt à côté de l’Unité premiere, comme lorigine primitive de toute division et de toute pluralité.
Or, expliquer toutes choses par le concours d’un principe un et simple avec un élément de multitude et dagditersité qui y participe ; quel il se communique, quest-ce que cette théorie, sinon, sous une forme vague et mal définie, celle de la Métaphysique d’Aristote?
Apres avoir donné pour l'explication universelle des deux mondes, intelligible et sensible, l’idée de la procession, ou de l’émanation, Plotin Iui-même a déjà reconnu que, si l’on écarte le voile de la métaphore, ce à quoi tout se réduit, c’est le mouvement par lequel tend vers un principe supérieur une puissance inférieure qui en recoit tout ce qu'elle a d'être. Pour tout expliquer par un seul principe, pour trouver dans l'Unité seule, ou dans Dieu, et la cause formelle et l'élément matériel des choses, Syrianus a imaginé, par un nouvel effort, une procession antérieure à la procession même, un changement insensible et qui n’en est pas un, un indéfinissable abaissement, moyen terme mystérieux par lequel s’opérerait sourdement le premier passage de lunité à la multitude et à la diversité, Maintenant cette vaine machine est aban-
donnée à son tour, ce moyen terme arbitraire est éliminé , et sous les formules brisées du Platonisme reparait encore une fois, victorieuse, la pensée générale de la métaphysique péripatéticienne. L'acte de la pensée pure n’est pas redevenu le premier principe : c’est toujours l’Un, et V'Un toujours plus dépouillé de tout acte et de toute réalité; c'est toujours et de plus en plus à la pure existence, si ce n’est à quelque chose de plus indéterminé encore, qu'est rapportée toute causalité. Mais au lieu de la procession par laquelle la nature divine descendait d’elle-même, sans descendre, à une condition inférieure d'existence, de plus en plus reparaïît et domine l’idée de la manifestation de la cause première en un élément inférieur qui aspire à elle et tend à l’égaler ; au lieu d’un seul principe d’où émane, avec ce qui lui ressemble, ce qui lui est contraire, deux principes dont l’un n'est rien que par le désir que l’autre lui inspire et l'attraction puissante qu'il exerce sur lui.
Bien plus, un des maitres de Damascius, un disciple de Proclus, Ammonius, fils d'Hermias, venait de commencer ouvertement dans l’école platonicienne la restauration de l’Aristotélisme.
Proclus avait redit, après tous ses prédécesseurs, que Dieu, tel qu’Aristote l’avait concu, était la cause finale, et non la cause efficiente du monde. Mais avait-il donc pu lui-même expliquer autre-