LIVRE I, CHAPITRE III
Dieux de la mythologie, couvrant mal le vide de sa stérile analyse par ces faux ornements d'une poésie emphatique qu'on voit étalés dans Proclus, l’école péripatéticienne avait conservé, avec la tradition d'une méthode et d’un langage exacts et rigoureux, celle du culte assidu de toutes les sciences et de tous les arts qui avaient fait dès l’origine une partie de sa gloire. C’est chez elle que les Platoniciens venaient toujours puiser les connaissances positives et précises par lesquelles leur philosophie avait besoin de se soutenir. Mais, jusqu'au fils d'Hermias, ce que le Néoplatonisme croyait avoir besoin d’emprunter à Aristote et à ses successeurs, c'étaient surtout les sciences qu’on appelait encycliques, encyclopédie, et qui formaient la partie inférieure et accessoire de la philosophie. Daus l’école d’Am-. monius, Aristote prend partout la première place et en dépossède Platon; il occupe la scène, tandis que la dialectique platonicienne, avec les dogmes théologiques de l'Égypte et de la Chaldée, n'ap— parait qu'au second plan.
Partout la philosophie péripatéticienne, si longtemps subordonnée au Platonisme, le domine et l'éclipse. Tel est le spectacle que nous offrent les écrits qui nous restent d'Ammonius et de ses principaux disciples, Simplicius, Jean Philopon, et ce David d'Arménie qui traduisit dans sa langue maternelle tous les ouvrages d’Aristote, et fut ainsi un
des premiers à fonder dans les écoles de l'Orient l'empire durabie de la philosophie péripatéticienne ‘.
Vers le même temps, ou du moins sous l'influence du même esprit dut être composé un ouvrage qui, pour être apocryphe, n'en est pas moins un monument précieux de la dernière période de la philosophie grecque. C'est une Théologie, écrite en grec, sous le nom d'Aristote?. Le texte en est malheureusement perdu 5, et il n’en a encore été publié que des traductions latines #, faites ellesmêmes d’après une traduction arabe 5. Ce livre est,
1 Sur la vie et les ouvrages de David l’Arménien, νου. le mémoire de M. Neumann, Journ. asiat., 1829.
? Holstenius, à la vérité grand partisan des idées néoplatoniciennes, appelle ce livre admirandum opus. Observ. ad vit. Pythag., Rom. 1630, iu-8°, p- 96.
5 Ce texte existait encore du temps de saint Thomas d’Aquin, qui atteste l'avoir vu De Unit, intell. adv. Averr., opp., t. XVII, p. 99.
4 Sur ces traductions et les éditions qui en ont été données, voy. Fabricius, Bill, græc., \. HIT, c. vi, 56.
3 Casiri, Bibl, Escorial., 1, 30 6,310, a parlé de ce livre d'après la Bibliothèque arabe des philosophes. La Bibliotlèque du Roi (n° 994 du supplément) possède un manuscrit de la traduction arabe. Voici le commencement du prologue du traducteur, qui n’est pas reproduit dans les versions latines, et que le savant M. Keinaud a bien voulu traduire, à ma prière : « Au nom du Dieu clément et miséricordieux, à qui nous avons recours ; louanges à Dieu, le maître des mondes; vœux et salut à Mahomet, le plus noble des hommes sages et seusés. » Premier #2ymar (livre) du livre d’Aristote le philosophe, intitulé en grec atsoulougia (theologia), c’est-à-dire traité de l’Etre suprème. Ce livre ἃ été éclairci par Porphyre de Tyr, et il a été traduit en arabe par Abd-Almessyh, fils d’Abd-Allah, fils de Naimah, originaire de la ville d'Emesse, Il a été ensuite amélioré, pour Ahmed, fils d’Ahmed Motassem Billah , par Abou-