LIVRE 1, CHAPITRE LI
un sujet de mouvement, ce n’est plus une génération de substance que produit l'influence divine, c’est la simple composition d'une matière préexistante avec une forme, composition telle que peut en produire aussi l’art humain’. A cette difficulté capitale, l’auteur de la Théologie oppose la réponse que fournit en effet la Métaphysique d’Aristote. — On s’imagine vainement une matiere première existant d’abord sans aucune forme. La matière ne fait que changer de formes; elle n’en prend une qu’en en abandonnant une autre, et n'a jamais pu exister seule.— En remontant de la forme sensible au sujet qu'elle revêt, on ne peut pas aller à l'infini. Il faut donc un premier sujet, sans forme par lui-même, et capable de recevoir toute forme : c’est la matière première. Dépourvue par elle-même de toute forme, la matière première n’est à elle seule, elle n'est en son essence que la capacité de recevoir la forme; Ja réceptivité est tout son étre; si on en retranche cette réceptivité, elle n’est plus rien, et on ne la comprend plus. Or, ce qui est absolument sans forine n’est rien de réel et d’actuellement existant. Donc la matiere première ne subsiste que dans le mouvement qui est la réception même de la
1 L.IV, c. 2 : Dicet fortasse quispiam quod substantiæ ad quam resolvitur omnis forma naturalis non inest motus talis proprius, quouiam motus fit per desiderium, illi autem non inest desiderium. Quare..… non etiam est secundum essentiam producta, sed compositum.
forme; et ce mouvement, c'est le désir de la forme qu'elle est capable de recevoir, désir dont la remplit la forme des formes, qui est la cause première. C'est donc par le mouvement que la Cause premiere donne et conserve perpétuellement l'être à la matière, parce que le mouvement est l'acte de ce qui est en puissance, le passage, l’'éduction de la puissance à l'acte.
Telle est donc la théorie par laquelle l’auteur de la Théologie d'Aristote explique toute création et toute conservation : au-dessous de la Cause première, pour concourir au reste, un second principe, qui en apparence partage avec elle le privilége d'exister par soi-même et ne reçoit d'elle que l'ordre, mais qui, dans le fond, n’est qu’une puissance d'être, et ne tient la réalité que de l'éternel désir par lequel la Cause première lappelle à elle et le met en mouvement; la cause efficiente et la cause finale ainsi confondues, la procession des Platoniciens et leur conversion identifiées, enfin l'organisation qui donne la forme essentielle, et la création,
Ibid, : Ideoque movetur (sc, materia) motu qui est appetitus formæ recipiendæ. Et receptivitas formarum est ratio per quam illa estens, ita quod, si auferatur talis natura recipiendi, non subsistet neque intelligetur. — Quare materia eliam existit per motum, qui est actus perfeclus. Est autem im ginabihs transmutalione successiva in infinitum ab una forma ad aliam, nec nisi cum receptione formæ est principium, — Omne factum motu permanet etiam motu, propterea quod motus est actus entis in potentia, id est perfectio eductioque entis ad actum,