LIVRE I, CHAPITRE III
qui donne l'être, réunis dans le mouvement primitif par lequel la puissance devient acte, c’est la théorie même de la Métaphysique. Toute la différence qui reste entre Aristote et celui qui emprunte ici son nom, c’est que le premier ἃ trouvé dans l'acte de la pensée qui se contemple la première des causes, et que l’auteur de la Théologie, à l'exemple des Platoniciens, la cherche encore au delà. Ainsi subsiste dans son livre, alliée aux doctrines les plus relevées de la philosophie péripatéticienne, l'idée d’une intelligence médiatrice entre Dieu et l'âme, et qui aurait seule tout formé.
Dans une autre production apocryphe du même temps, le livre des Causes, également attribué à Aristote ‘, même alliance de la métaphysique péripatéticienne avec les principaux dogmes du Néo-
1 Ce livre, tel qu’il nous est parvenu, est composé de théorèmes et de démonstrations. Les théorèmes (qui sont un extrait de la Στοιχείωσις θεολογικὴ de Proclus) sont seuls attribués à Aristote, les démonstrat:ons sont un extrait, fait par un juif nommé David, des commentaires composés sur les théorèmes par Alfarabi, Avicenne et Algazel. Le commentaire du premier était intitulé de la Bonté pure, celui du second de la Lumière des lumières, et celui du troisième Fleur des choses divines. Albert. Magn. de Caus. et process. univers. Opp. t. V.— S. Thom. in libr. de Caus. præf., opp. t. IV: Iu græco quidem invenitur scilicet traditus liber Procli platonici, continens ducentas et novem propositiones, qui intitulatur Elevatio theologica ; in Arabico vero invenitur hic liber, qui apud Latinos de Causis dicitur, quem constat de arabico esse translatum et in græco penilus non haberi. Unde videtur ab aliquo philosophorum Arabum ex prædicto libro Procli excerptus, præsertim quia omnia quæ in hoc libro continentur multo plenius et diffusius continentur in 1llo. — Selon 5. Thomas, le livre des Causes aurait donc été composé en arabe.
platonisme, tels surtout qu’on les trouve dans les Éléments de théologie de Proclus.
Telle était la philosophie qui, vers le v° et le vi‘ siècle de l’ére chrétienne, s’emparait peu à peu de la domination universelle : le Platonisme avait encore dans cette philosophie une part plus ou moins grande; mais l’Aristotélisme y régnait, et devait y régner de plus en plus.
L'an 529 de l’ère chrétienne , l’empereur Justinien ordonna la clôture des écoles de philosophie d'Athènes ', où enseignaient depuis plusieurs siècles des maîtres entretenus par l’État. Ces écoles étaient celles probablement où la philosophie était le plus étroitement associée à la religion vaincue; en d'autres termes, c'étaient celles où régnait principalement la philosophie platonicienne, qui s'était en quelque sorte identifiée avec le paganisme. Quelques années plus tard, les principaux philosophes platoniciens, génés dans l'exercice de leur culte, et s’imaginant trouver dans l'Orient, dont ils admiraient la sagesse, quelque république semblable à celle de Platon, apprenant d’ailleurs que le roi Chosroës aimait et cultivait la philosophie, se rendirent ensemble à la cour de Perse. Et, en effet, ils trouvèrent dans le roi barbare un philosophe qui possédait très-bien les dialogues les plus difficiles de
! Joh. Malal. Chron., XVIII, p. 187, ed. Oxon.