LIVRE I, CHAPITRE III
pour les temps et les peuples nouveaux. Seul il reste, comme ces édifices, dignes par leur immortelle beauté de survivre à la divinité même qui les habita , et qu’une religion nouvelle vient occuper d'abord, pour les approprier ensuite, par une transformation successive , à son nouveau Dieu.
En résumé :
La philosophie, à son premier âge, avait pris pour le principe, et pour la cause supréme, la matière premiere, dont toutes les choses s'étaient formées, substance unique et invariable des phénomènes naturels, unité radicale du sein de laquelle se développait leur infinie diversité.
Pythagore et Platon avaient reconnu qu’au contraire ce qui faisait les choses ce qu’elles sont, ce qui constituait leur être, leur essence durable et leur nature, c'était la forme ; que la matière, sans forme et sans détermination propre, c'était ce qui nest pas, à proprement parler, lindéfini auquel la forme seule donnait l'unité, le non-être, par conséquent, auquel elle communiquait seule quelque chose de la véritable existence. C'était donc dans les formes qu'il fallait voir les principes et les causes, objets de la science et de la philosophie. Mais qu’était-ce, maintenant, que les formes ? Selon les Pythagoriciens, les nombres, sur lesquels sont
fondés les rapports constants des parties; suivant Platon, placé à un point de vue plus élevé, les types dont la matière reçoit, dans la diversité infinie des individus, l'uniforme et indestructible empreinte, les genres invariables auxquels les individualités se raménent, comme à leur commune unité; ces types, ces genres sont les zdées, que les sens n’aperçoivent pas, mais qui forment un monde purement intelligible duquel le monde sensible tient tout ce qu'il a d'unité et d'existence, de perfection et de vérité.
Pythagore et Platon ont donc vu dans la forme, opposée à la matière, l'essence véritable et le véritable principe. Mais, avec l’inexpérience de leur analyse naissante, c'est dans le rapport général, ou dans le genre, qui n'existe lui-même que sous des formes plus particulières chez les individus, qu’ils ont cru rencontrer la forme constitutive de l’essence. De là l’essence du genre lui-même devant être, par une conséquence nécessaire, le genre plus général dans lequel il est compris, le rapport plus large et plus indéterminé auquel il se ramène, on ne fait, en simaginant remonter les degrés de l'échelle des causes, que remonter de l'existence déterminée que les sens nous font connaitre, et par une série de formes de plus en plus indéterminées, ou de plus en plus informes, et par conséquent de plus en plus semblables à la simple matiere, jusqu'au pur être dépourvu de toute qua-