‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 219 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

lification; puis enfin, par delà l’être même, jusqu’à l'Unité ou F'Un, terme extrême, dernier résidu de l’abstraction. C'est là la cause première, c’est là, en un seul mot, le Dieu auquel conclut inévitablement la dialectique platonicienne. Elle prétend remonter à la source intelligible de l'être, et, en éliminant graduellement, par une généralisation progressive, tous les caractères constitutifs de la réalité, elle va se perdre enfin ‘dans le vide et dans le néant. De là aussi, dans toutes les sphères de la science, dans la physique, dans la morale et la politique, dans la théorie de l’art, partout enfin le principe et la raison des choses cherchés dans l'idée abstraite et générale la plus dépourvue de réalité. Le point de vue d’Aristote est tout autre. Comme Platon , il est vrai, c'est dans la matière qu’il fait consister la raison de l'imperfection et du néant | des choses , et dans la forme la raison de leur être et de leur perfection. Mais la matière et la forme ne se présentent plus à ses yeux sous les conceptions vagues et toutes relatives de diversité et d'unité, ou d'illimitation et de limite. La matière n’est plus pour lui la quantité en général, pure abstraction de l’entendement, ou la multitude qui implique déjà division et détermination, la forme n'est plus l'unité diffuse et divisible d'un genre. Suivant Aristote, la forme proprement dite d’une chose, c'est l'acte par lequel son existence se déter-

mine et se caractérise. Sa matière, c'est ce qui est susceptible de cet acte; c’est, par conséquent, ce qui est en elle virtualité ou puissance, non-être par soi-même, dans son indétermination radicale, et que l'acte fait être en le déterminant. Par son acte, l'être est un, mais un de l'unité proprement dite, qui est l’indivisibilité ou la simplicité absolue; par l’indétermination inséparable de l’état de la pure puissance, où rien n’est défini, la matière est indéfiniment divisible. Elle n’est donc pas la quantité indéterminée en général et d’une manière abstraite, telle que Platon l'avait conçue, mais la quantité continue, ou l'étendue, dans laquelle consiste la nature du corps. La forme n’est pas cette unité collective du genre, que conçoit et que réalise seul l'entendement: c’est l’acte simple, indivisible par sa nature même, objet immédiat d’intuition. Et enfin, au lieu d’un rapport logique tel que celui par lequel Platon rattachait l’une à l’autre la matière et l’idée, un lien réel et vivant unit la matière à sa forme : c'est le mouvement ou le changement, par lequel la puissance passe à acte, la virtualité devient effet et réalité.

Si donc la forme est l'essence de l'être, c’est qu’elle est la fin à laquelle tend et pour laquelle existe tout ce qui est en lui. Elle en est la fin : elle en est donc le bien, et c’est par là qu’elle fait tendre vers elle les puissances diverses de la matière,

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