‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 220 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

comme autant de moyens conspirant à un même but, et fait ainsi du corps, des qu'il en est capable, l'organisme vivant. C’est parce qu'elle est le bien, qu’elle fait naître dans les puissances le désir. Et c’est ce désir du bien, c'est cette tendance vers lui qui est toute la nature. Ainsi succède à l’idée toute logique ou toute mécanique du rapprochement de deux principes inanimés et abstraits, tels que l’unité et la diversité, l’idée morale, en quelque façon, de la tendance spontanée de ce qui n'est encore que virtuel et imparfait à la perfection et au bien de l’action.

Cette forme active qui unit en une fin commune, par un commun désir, les puissances qu’elle tire de leur sommeil, c’est, dans la plante, ce qu’on nomme sa nature, ou le principe qui la fait naiître et croître; dans l'animal, c'est ce qu'on appelle l'âme ; l’âme, qui aux fonctions matérielles de la nutrition et de la reproduction, ajoute l'acte supérieur de-sentir. Dans l'homme enfin, au-dessus de l'âme elle-même, ou comme à sa cime la plus haute, c’est la raison et l'intelligence.

Aux degrés inférieurs de la vie, dans la vie végétale et la vie animale, la forme n’est encore qu'imparfaitement dégagée de la matière, l’acte n’est qu'un mouvement par lequel la puissance tend toujours à l'acte, sans y parvenir jamais tout entière. Dans l'opération intellectuelle, il n’y a

ὅθ. PARTIE IV.— HISTOIRE.

plus de matière ni de mouvement, rien que forme, rien qu’acte pur : surtout dans l’opération intellectuelle la plus digne de ce nom, celle où l’intelligence, toute en acte, se contemple elle-même, où la pensée n’a d’autre objet que la pensée.

Si donc la pensée de la pensée est l'acte pur, et si l'acte est l’être véritable, et la cause première de tout le reste, c’est la pensée de la pensée, éternellement fixée dans la conscience de soi, qui seule subsiste par elle-même, et par laquelle seule tout le reste subsiste. C’est là l’Être absolu, de qui tout reçoit l'être: c’est la cause première et universelle, c’est Dieu. — Dieu , l'Étre premier et absolu, c’est donc l'acte parfait de la Pensée se contemplant ellemême. Chaque être particulier ou chaque nature, c’est un acte imparfait, ou un mouvement, dont la Pensée est la cause, la fin et l'essence; ou, pour réduire le mouvement à son principe, c’est le désir par lequel la divine Pensée, présente à toutes les puissances que la matière enferme, les fait venir à l'existence et à la vie. La nature dans le sens le plus large, le monde, c’est l'ensemble des mouvements, des désirs, des tendances, par lesquels tout ce qu’enserre l'infinité du possible, s’assimilant , s’identifiant par degrés à la Pensée, devient , de simple virtualité, existence réelle, vie, sens et intelligence. Et puisque ces tendances qui font tout l'être de la nature, puisque ces actes imparfaits

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