‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 224 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IIL

matière, dans l’anité concrète de la nature vivante. Tandis que le Christianisme montre à une profondeur nouvelle, mais dans le principe même que la métaphysique établit , la source première de l'être; remontant, sur les traces de Platon, à l'unité pure, où toute différence et toute détermination s’évanouit, un nouveau Platonisme prétend y découvrir, au-dessus de la pensée comme de la nature, le principe supérieur dont elles tirent leur commune origine.

L’Aristotélisme a représenté le premier principe immobile dans son acte paisible, au delà du mouvement de la nature qu'il appelle par le désir et qu'il attire à lui. Le Stoïcisme l'a montré remplissant les choses de sa tension vivifiante, et se mouvant en elles d’un perpétuel mouvement. Empruntant à une théologie qui avait préludé au Christianisme l’idée de la nature divine, qui se répand sans s’affaiblir et se donne sans diminuer, le Néoplatonisme veut réunir dans une théorie plus large la doctrine d'Aristote et celle de Zénon : au-dessus de la cause immobile comme de la cause mobile, il place une cause suprême, immobile et mobile , une et multiple tout ensemble, qui procède, qui se déploie dans l'intelligence, dans l'âme, dans la nature, jusqu'aux plus bas degrés de l'existence, et qui n'en demeure pas moins en elle-même une,

simple et indivisible. Ame du monde par laquelle

tout vit, comme l'ont dit les Stoiciens , Intelligence pure dans laquelle tout pense, comme l'a cru Aristote, le premier principe est en son essence l'Unité indivisible , qui fait le fond de l'intelligence même, et dans laquelle tout n’est qu’un.

De même, dans l’ordre de la pratique, tandis que l’Aristotélisme a fait consister le bien suprême dans un acte de contemplation simple qui semble hors des conditions de notre vie et de notre nature, tandis que le Stoicisme l’a placé dans notre vie propre, mélée au mouvement du monde physique, le Néoplatonisme trouve ce bien dans l'unité centrale, qui est le fond commun de notre être, mais qui est en même temps au delà de nous-mêmes, et où nul ne rentre qu'en sortant de soi, par le ravissement mystique de l'extase.

Ainsi , l’'Un absolu des Néoplatoniciens paraît être ce que l'Amour sera dans le Christianisme : le centre ardent et lumineux qui brille au fond de l'Intelligence même, et dans lequel tout ne fait qu'un en esprit, perfection et vérité , foyer où tout se consomme et s’unit, transformé en sa flamme divine.

Mais si, jusqu'à l'Intelligence, si dans la recherche même de l'Unité au fond de l'Intelligence, la philosophie néoplatonicienne semble ne faire que s’avancer plus loin dans la voie ouverte par Aristote, de l’imperfection de la matière à la perfection de l'essence immatérielle, néanmoins la pensée qui la domine et

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