LIVRE I, CHAPITRE III
qui la guide, c’est, en définitive, celle du Platonisme: la pensée que l'essence des choses, par conséquent le premier principe, c’est ce qui est le plus en tous lieux, en tous temps et en toutes circonstances, ce qui reste après toute abstraction des déterminations particulières, en d’autres termes, ce qui est le plus universel, par conséquent le plus indéfini et le plus imparfait. C’est pourquoi, après s'être élevé, avec Aristote, de la simple existence à la vie, de la vie à la pensée, c’est-à-dire du plus imparfait au plus parfait, le Néoplatonicien retourne, sans s’en apercevoir, du plus parfait au plus imparfait. En poursuivant au delà de l’Intelligence même l’Un absolu comme plus simple encore, s’il cherche en apparence une plus grande simplicité réelle, une indivisibilité plus parfaite, en réalité c'est la simplicité logique qu’il poursuit, c’est celle qui consiste dans l'absence d’attributs et de qualifications, et de laquelle résulte immédiatement l’universalité. Aussi, parvenu à cette hauteur, l’ordre des choses, tel qu'il l'avait lui-même établi, se renverse pour ainsi dire à ses yeux, et à l’échelle des perfections qu'il ἃ construite selon les principes d’Aristote, vient se substituer l'échelle diamétralement opposée, résultat nécessaire de la méthode platonicienne d’abstraction. Il avait commencé par mettre la vie au-dessus de la simple existence, puis l'intelligence au-dessus de la vie; et, à la fin, la
vie lui semble plus haut placée que l'intelligence, l'être que la vie, et encore plus haut que l'être, l'unité, plus générale encore.
Ce premier principe, ce Dieu suprème, dans lequel on croit trouver, en quelque sorte, une plus haute puissance de l'intelligence, et comme la quintessence de la nature pensante, c’est donc au contraire l'idée abstraite du plus général, c'est-à-dire du plus indéterminé des états, du dernier et du plus vague objet de la conception, et presque du néant. On croyait dépasser la Métaphysique, et l’on retombe au-dessous même de la physique primitive, On s'était flatté de trouver un souverain bien supérieur à la contemplation la plus pure, et l'on n'arrive qu’à un abime mystique, un vide sans forme et sans nom, ou les rites matériels d’une théurgie stupéfiante ont seuls le triste pouvoir de nous plonger assez profondément.
Ainsi, après ce suprème effort pour s'élever nonseulement au-dessus de la physique stoicienne , mais au-dessus de la métaphysique même d’Aristote, après avoir tenté vainement l’entreprise dont une religion nouvelle devait seule commencer l’accomplissement, la philosophie néoplatonicienne rentre enfin dans ce cercle borné de la nature que la Métaphysique seule avait franchi.
C’est qu’en effet, au lieu de déméler dans la nature la cause, toute différente de ses éléments ma-