LIVRE I, CHAPITRE
tériels, qui les fait passer de la puissance à l'acte, la pensée immatérielle qui leur donne l'être avec le mouvement, le Platonisme ne cherche toujours les principes des choses que dans l’idée de l'unité formelle qui les résume, et à laquelle la généralisation les réduit : idée de quantité, d’étendue, et qui par conséquent, loin d’être opposée à celle de la matière, n'en est au contraire, en dernière analyse, que l'expression abstraite, la formule, et en quelque sorte l'équation logique’. Dés lors, si près que la philosophie platonicienne puisse sembler de la métaphysique, cependant, par sa dialectique, elle ne sort pas plus que l'Épicurisme et le Stoïcisme n'ont pu le faire de la région du monde naturel. La Métaphysique explique la nature, qui ne peut se suffire à elle-même, par une cause supérieure et indépendante. Le Platonisme l'explique par un principe prétendu d'unité, qui n'est que le signe des conditions implicites les plus générales de son existence, et non la cause positive qui lui donne
(x) Leïbnitz dit très-bien (dans une de ses réponses à Clarke) : « .... Je ne crois pas qu’on ait sujet d’ajouter que les principes mathématiques de la philosophie sont opposés à ceux des matérialistes. Au contraire, ifs sont les mêmes, — Ainsi ce ne sont pas les principes mathématiques selon le sens ordinaires de ce terme, mais les principes meétaphysiques qu'il faut opposer à ceux des matérialistes. » Mais il ajoute: « Pythagore, Platon, eten partie Aristote, en ont eu quelque connaissance, » et il faudrait renverser celle dernière proposition. Les principes mathématiques sont ceux de Pythagore et de Platon ; les principes métaphysiques ont été moins bien connus d’eux que de l’auteur de la Métaphysique.
la vie. C'est l’idée générale de ce sans quoi les choses ne peuvent être, que la dialectique platonicienne prend , par une illusion perpétuelle, pour ce qui les fait être, pour leur raison suffisante et leur cause formelle et efficiente ; c’est le chaos primitif, la matière première, qui n’est que la base des êtres, et qu'elle prend pour leur auteur et leur Père. Puis tirant tout ce qui est de ce chaos idéal, en le chargeant par degrés d’attributs successifs , le Néoplatonisme en fait naître ainsi, par une procession apparente, tantôt l'intelligence, la vie, et enfin le simple être, tantôt, dans l’ordre inverse, l'être, la vie et l’intelligence; descendant ainsi ou montant, au hasard, l'échelle des perfections, errant comme à l’aveugle dans un dédale sans issue, de plus en plus embarrassé, sans savoir pourquoi, dans des contradictions évidentes, conséquences de la confusion irremédiable cachée dans son premier principe. |
Cependant, plus le Néoplatonisme s'efforce de séparer son Unité absolue de la matiere, dont elle est réellement si voisine, plus il s'efforce de la réduire, comme Aristote avait fait de la Pensée, à la simplicité parfaite qui est le caractère de limmatériel, plus aussi il devient manifeste que la multiplicité de la nature et du monde n’en saurait tirer son origine. Par quelque insensible gradation qu’on essaie de ménager le passage de l’Un absolu et