LIVRE I, CHAPITRE I
Phalère, fut le premier orateur de son siècle ; seulement il ne posseda pas cette véhémence entraïnante qu'avaient eue Périclès, Démosthene, et Aristote , lui-même, quoiqu'à un moindre degré'. Déjà chez Aristote, plus encore chez Théophraste, l'exactitude philosophique mettait des bornes à l'abondance oratoire ?. L'éloquence de Démétrius fut d'un genre mixte, dont l'égalité et la douceur formaient le principal caractere, et qui se rapprochait de la précision élégante, propre à la discussion dialectique ; et il se signala moins par la force et la plénitude du discours, que par la subtilité de l'argumentation.
1 Orat. 36: Dicetur autem non Peripateticorum more {est enim illorum exercitatio elegans jam inde ab Aristotele constituta), sed aliquanto nervosius (Cf. Orat. 19). — Cependant, Brut, 31 : Quis est Aristotele nervosior ?
? Aussi Cicéron appelle Théophraste « elegans et suavis. » Tuscul, V, 9. ( Voy. la note ci-dessous.) D'un autre côté, Cicéron trouve l’éloquence des Péripatéticiens et Académiciens plus diffuse qu’il ne convient aux tribunaux et au forum, et péchant par là comme les Stoïciens péchaient par lexcès opposé. Brut. 31: Nam, ut Stoicorum adstrictior est oratio, aliquantoque contractior quam aures populi requirunt, sic illorum liberior et latior quam patitur consuetudo judiciorum et fori. — Pour concilier ces passages, peut-être faut-il entendre qu'il trouvait l’éloquence péripatéticienne, comparée à celle du véritable orateur, à la fois un peu trop précise dans la discussion et l’elocution , et un peu trop étendue dans le nombre des arguments , pour lesquels elle mettait à contribution toute la Topique (Cf. Dial. de Orat.).
5 Orat. 27 ; de Off. I, τ : Disputaior subtilis , orator parum vehemens, dulcis tamen, ut Theophrasti discipulum possis agnoscere, Brut 9 :...Ute Theophrasti , ductissimi hominis , umbraculis ( CF. Orat. 19)... Et suavis, sicut fuit, videri maluit quam gravis. Ibid. 31 : (Quis) Theophrasto dulcior ? De Orat, 11, 23 : Omnium oralorum politissimus, Sur le sens de ces épithètes, voy. ci-dessus, p. 54, ἢ. 1.
Straton ne fut pas seulement célèbre par sa doctrine, il le fut également par son éloquence, et la douceur en était aussi le caractère le plus remarquable". Lycon, son successeur, fut encore, dit Cicéron, riche dans le discours, quoique plus pauvre de fonds ? ; et c'est encore par la douceur que son élocution se distingua ; il en fut surnommé Glycon (de γλυχύς) . Le successeur de Lycon, Ariston, manqua, au Jugement de Cicéron, de la gravité et de l'autorité qui sied aux philosophes; mais il fut encore écrivain fertile, élégant et polii. Après lui, Critolaüs retrouva en partie la force et l'abondance des anciens ?.
Pour former ses disciples à l’éloquence, Aristote employait une méthode qui se conserva chez ses successeurs : c'était de proposer des thèses, ou questions générales 6, sur lesquelles on plaidait le pour
! Diog. Laert. V, 58.
2? De Fin. V, 5: Oratione locuples, rebus ipsis jejunior.
5 Voy Ruhnken, ad Rutil. Lup., p. 94.
4 De Fin. V, 5: Concinnus deinde et elegans hujus ( sc. Lyconis discipulus) Aristo ; sed ea quæ desideratur ἃ magno philosopho gravitas in eo non fuit. Scripta sane et multa et polita, sed nescio quo pacto auctorita-
tem oratio non habet. — Cicéron attribue aussi la « concinuitas » à Démétrius de Phalère ( rut. 9).
# Ibid.
6 Diog. Laert, IV, 3: Πρὸς θέσιν συνεγύμναζε τοὺς μαθητὰς ἅμα, καὶ δητορικῶς ἐπασχῶν. Theon. Smyrn. Progymn. : Παραδείγματα δὲ τῶν θέσεων γυμνασίας ἔστι λαθεῖν παρά τε Ἀριστοτέλους καὶ Θεοφράστου" πολλὰ γὰρ ἐστὶν αὐτοῦ βιόλία, θέσεις ἐπιγραφόμενα, Athen, Deipnosoph. IV : Σὺ δὲ μόνον ἐν ἀθήναις μένων εὐδαιμινίζεις, τὰς Θεοφράστου θέσεις ἀκούων.