‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 25 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

mêmes, par leurs Connaissances dans la politique et la législation”.

Nulle philosophie n'était, par sa nature, plus convenable aux affaires publiques et à la société civile. Le rigorisme, au moins apparent, des Stoiciens, l'égoisme des Epicuriens, étaient également impropres à la vie publique : les uns et les autres enseignaient une morale desolitaires ?. Les Pythagoriciens ét les Platoniciens s'égaraient à la poursuite d'un idéal chimérique et stérile. Aristote avait donné à la philosophie pratique tout entiere le nom de politique 4. Et, en effet, dans la morale péripatéticienne, tout ce qui appartient à la pratique est enveloppé et compris dans la vie sociale ; toutes les vertus reviennent à la justice, dont cette vie est l'exercice. La vie contemplative seule dépasse la politique, parce qu’elle dépasse la pratique ellemême , et va se rejoindre à la théologie®. En abandonnant ces hauteurs, Ja morale péripatéticienne ne pouvait que s'attacher plus étroitement encore à la politique.

1 Cicer. de Orat. III, 28 : A Græcis politici philosophi appellati. — ΤΙ est vrai qu’il le dit des Péripatéticiens et des Académiciens, qu’en général il se refuse à distinguer ( Cf. de Fin. AV, 3); mais cela est bien plus vrai des premiers, d’après lui mème. Cf, Acad. II, 36.

2 Vico, Science nouvelle, trad. par l’Auteur de l’Essai sur la format. du dogme cathol,, 1844, in-12, p. 40.

5. Plotin, au τι" siecle, vorlait encore réaliser la république de Platon.

4 Magn. Mor. 1, 13 Eth. Nicom. V1, 93 Rhet.I, 2; Pol, 1, 2.

νῦν vol. Β- ΠΠ;]- 111, C2:

Enfin, c'était le caractère le plus apparent de la philosophie pratique des Péripatéticiens de ne pas rester étrangère par un dédain systématique , aux intérêts du monde matériel et à ses nécessités. Aristote avait reconnu dans l'expérience des sens la condition du développement de l'intelligence humaine ; de même il avait reconnu pour nécessaire à la perfection et à la félicité de l'homme, en tant qu'il est homme et non encore parvenu à la vie divine de la contemplation, les biens du corps et de la fortune. Ce fut toujours le trait caractéristique par lequel la morale péripatéticienne se distingua, dans lopinion commune, de tous les autres systèmes !, et les Péripatéticiens l’exprimerent toujours dans les habitudes de leur vie. Tandis que presque tous les autres philosophes, surtout les Stoïciens, aimaient à se séparer de la foule par un costume particulier, d’une simplicité affectée, les Péripatéticiens ne se faisaient remarquer que par l'élégance et même la somptuosité de leur maniere de vivre : tel était Aristote? ; tels furent, à son exemple, Théophraste, Démétrius

1 Voy. principalement le de Finibus bonorum et malorum de Civéron.

3. Laert. V, 16, Censorin. de Die nat. 14; Ælian. ΠῚ, 19; Plin., XX V,

46. Il porta la barbe et les cheveux courts, contrairement à la coutume des philosophes. — Conring. ap. Magir. Eponymol, crit. p. 75 :

Nulla tamen morum asperilas; non fœlJa lucerna, Non caput intonsum aut barba caprina fuit,

Annulus ornavit sapientem, et splendida vestis, Congressusque frequens horriditate procul, etc.

* Hermipp. ap. Athen. I, p. 21.

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