LIVRE I, CHAPITRE IT
losophie. Un troisième caractère dont elles sont toutes marquées, c’est de considérer comme le principe ou au moins comme la condition indispensable du souverain bien et de la félicité, l'entière exemption de trouble, l’ataraxie, (ἀταραξίαν). Or, ce qui trouble l’homme, c’est ou la passion ou l’opinion, celle-ci dans l’entendement, celle-là dans la volonté; l’une dans l’ordre de la pratique, l’autre dans celui de la spéculation. En conséquence, suivant toutes les sectes que cette période voit naître, le souverain bien est à deux conditions, l’'absente de passions (ἀπάθεια) et l'absence d'opinions. Trouver une règle immuable de vie, et une mesure assurée de certitude et de savoir, ce sont deux problèmes qu'elles se proposent toutes. Toutes enfin, elles prétendent, en fondant sur la double base de l'absence d’opinions et de l’absence de passions l’ataraxie absolue , réaliser dans la condition humaine la sagesse, réservée par Pythagore, Platon et Aristote, à Dieu seul. Toutes poursuivent l'idéal du Sage.
Depuis que Socrate avait rappelé la pensée humaine du monde extérieur à l'homme même, et fait prédominer sur la physique la recherche des mobiles de la vie et du bien qui en est le but, l'élément pratique avait pris dans la philosophie une importance toujours plus grande. Deux sectes issues de l’enseignement de Socrate, la secte des Cyniques et celle des Cyrénaïques, s'étaient entierement ren-
fermées dans la morale. Platon avait placé au faite de sa dialectique l’idée du bien. Aristote enfin avait défini le bien, la cause finale, principe de tout mouvement, et réuni ainsi plus intimement encore dans une même idée celles de la cause première et de la fin dernière, de l’objet de la métaphysique et de celui de la morale.
Dans les écoles qui s’élèvent en face de l’école péripatéticienne, la métaphysique étant mise à l'écart ou abaissée à la physique, d'un autre côté, l’âme humaine devenant par degrés plus intérieure à ellemême, la pratique,la morale, devaient être plus que jamais le principal objet, le but éminent de la philosophie.
De plus, en toutes choses, les mouvements variés de la sensibilité, les passions avaient pris dans la conscience humaine une place toujours plus considérable, et joué dans toutes les œuvres de l'esprit un plus grand rôle. Dans la politique, le progrès continuel de la démocratie avait de plus en plus fait passer le pouvoir des mains de la caste héroïque, de l’aristocratie gardienne des traditions, aux orateurs, habiles à remuer les sentiments populaires : Aristote atteste que, de son temps, la rhétorique consistait presque tout entière dans l’art d’émouvoir les passions *. Au théâtre, image de plus en plus fidèle dela vie, on avait d’abord représenté à peu près
* Rhet.I,1.