LIVRE I, CHAPITRE
culières : par là surtout se distinguait de l'antique Polygnote", le grand peintre Zeuxis?; par là durent se distinguer également des Calon et des Hégésias,
! Il représentait les hommes χρείττους, dit Aristote ( Poet. 2), c'est-àdire tels qu’on se figurait les héros, Pauson, au contraire, les représentait χείρους (ibid. ); aussi Aristote oppose-t-il les peintures de Pauson à celles de Polygnote, comme entièrement dépourvues du caractère moral qui distinguait celles-ci. Polit. VIII, 5.
? Aristot. Podt. VIII, 5 : .. «Πολυγνώτου καὶ εἴ τις ἄλλος τῶν γραφέων ἢ τῶν ἀγαλματοποιῶν ἐστιν ἠθιχός. Puet. ὃ : ὁ pev γὰρ Πολυγνώτος ἀγαθὸς ἠθογράφος, ἡ δὲ Ζεύξιδος γραφὴ ὀυδὲν ἔχει ἦθος. Dans ce dernier passage, Aristote explique par un exemple tiré de l’histoire de la peinture ce qu'il vient de dire, que les tragédies modernes , comparées aux ancieunes, sont pour la plupart sans mœurs, &nets ; ce qui ne les empêche pas de subsister, parce que l’ac:ion, πρᾶξις, est seule indispensable, Mais il ne veut pas dire que ce; tragédies, ni par conséquent que les peintures de Zeuxis fussent sans passions ; ©’est tout le contraire : [ἦθος et le πάθος sont en raison inverse l'un de l’autre; Eth. Nicom. 11. 4, ἃ Magn. Mor. I, 7 ; Polit. NIII, 5; Rhet. III, 7. Pliue méconnaît cette distinction essentielle, Hist. nat. XXV, 10 : «Aristides Thebanus omnium primus animum pinxit et sensus omnes expressit, quos vocant Græci ἤθη ; item perturbationes, » — C’est probablement pour cela qu’il dit de Zeuxis (ibid. 9) : « Fecit Penelopen in qua pinxisse mores videtur. » Et Junius, le savant auteur du de Pictura veterum , ne pouvant concilier ce passage avec celui d’Aristote, s’écrie ( Catalog. etc. p. 231, Roterod. 1694, in-{°) : « Ego interim ia hoc loco, ut ingenue quod res est fatear, tam contraria maximorum auclorum judicia satis mirari nequeo ; animus mihi peudet, neque satis expedio quiduam sit 1llud quod Plinius huic Zeuxidi eximiam in moribus exprimeudis facultatem tribuat, cum Aristoteles (cui tamen dabatur artificem penitus inspicere) nihil omnino in piciura morum valuisse tradat. » Bayle ( art. Zeuxis) ne voit pas non plus d’issue à cette contradiction, et il tombe dans la même faute que Pline : « Aristote trouvait ce défaut dans les peintures de Zeuxis, que les mœurs ou les passions n’y étaient pas exprimées. » Winckelmann (ist. de l'art, trad. franc., IT, 65) croit aussi qu’Aristote veut dire que Zeuxis « sacrifait à la beauté une partie de l'expression , » et qu’il lui reproche « de manquer d’aetion. » C’est, ἃ ce qu'il me semble, le contraire du véritable sens. — Quant à Castelvetro (in Arist, Poet. ) il entend par %ôn, la couleur,
les Phidias, les Myron, les Polyclète'. Enfin, Lysippe et Praxitèle?, Apelle, Protogène, Euphranor, étaient venus, au temps d'Aristote, tempérer par la grâce de mouvements plus souples, par le naturel, et par l'expression des passions , les caractères sévères des vieux maitres. Dans les arts, dans la poésie, dans la rhétorique et la politique, et enfin dans la vie même, la rigidité des anciennes mœurs (ἦθος) avait donc cédé de plus en plus à la passion ( πάθος ), à la nature.
Ce mouvement général, la philosophie d’Aristote était venue en donner la formule: l’activité de la volonté humaine ἃ dans la passivité de la nature sa condition, sa matière; la source de nos actions, le foyer de la vie morale se trouvent dans cette partie de notre être qui est capable de passion ; elle est la matière à laquelle la fonction de l’immatérielle intelligence est de donner la forme. L'intelligence avec la raison qui en dérive, mesure et regle la partie passive de notre âme ; selon la beile expression d’Aristote, elle philosophe avec les passions 4.
Or, s’il en était ainsi, la métaphysique péripaté-
1 Quintil. Znstit, orat. XII, 10.
? L'un et l’autre s’attachèrent singulièrement à limitation de la nature. Quintil. Loc. cit. ; Plin. XXXIV, 8. Praxitèle se signala par l’expression des passions. Diod. Sic. Ecl. ex hist. χανε: χαταμίξας ἀκρῶς τοῖς λιθίνοις ἔργοις τὰ τῆς ψυχῆς πάθη.
5 Quintil. Loc, cit. ; Plin. XXV, 10.
À Συμφιλοσοφεῖ τοῖς πάθεσι. Winckelmann, qui rapporte cette expression