LIVRE I, CHAPITRE II
ticienne tombant dans l'oubli, l’idée de ce principe immatériel auquel elle avait tout suspendu, s’éloignant ou se dissipant peu à peu comme un vain fantôme, le sort de l'homme, sa perfection et sa félicité demeuraient dans la dépendance entière des opinions et des passions, en proie à l'agitation, au trouble auxquels la nature est livrée. Aussi vit-on bientôt Théophraste considérer la vie comme régie par la fortune, et non par la sagesse, et faire dépendre entiérement du hasard des circonstances extérieures la perfection et la félicité. Toutes les doctrines qui naquirent de son temps peuvent être regardées comme autant de tentatives pour échapper à une si décourageante conclusion. Toutesse proposent pour principal but lesouverain bien, la félicité del'homme: toutes lui donnent pour base l'absence de trouble, limperturbabilité, l’ataraxie. Toutes sont unies contre Théophraste'; toutes aspirent à mettre l'âme à l'abri des chances de la fortune et de l'atteinte des passions. Toutes, enfin, se proposent, toutes esperent réaliser le type sublime du sage, inébranlable , imperturbable, impassible. Recouvrer ce calme, cette sérénité immuable empreinte dans les anciens ou-
sans indiquer l'ouvrage dont il l’a tirée, en fait une heureuse application à cette époque de l’art grec où l’expression des passions est encore subordonnée à la sérénité antique. Hist. de l’art, IL, 33.
1 Cicer, Tuscul. V, 9 : « Vexatur idem Theophrastus et libris et scholis omnium philosophorum , quod in Callisthene suo laudarit illam sententiam : Vitam regit fortuna, non sapientia. »
vrages de l'art, sur les traits majestueux des dieux et des héros, c'est la pensée commune qui les réunit toutes. D'accord sur le but, elles different seulement sur les chemins qui y conduisent.
Ainsi, toutes les doctrines se renferment alors entièrement dans l’horizon de la nature; toutes, en même temps, elles cherchent sur cette mer agitée, dans ce monde de changement et de tumulte , un point fixe, un principe de stabilité, qui se soutienne, qui se suffise seul, et sur lequel repose une félicité inébranlable. Toutes, elles cherchent dans la nature ce qui ne saurait S'y trouver, ce qui ne peut être qu’au delà et au-dessus des conditions de l'existence physique. Telle est la contradiction inextricable dont elles cherchent toutes, par des voies diverses, l'impossible solution.
Mais si elles succombent dans leur entreprise, du moins elles pénètrent, à des profondeurs inconnues, dans le monde où elles se sont renfermées. Dans cet ordre inférieur d’existence au-dessus duquel elles ne reconnaissent rien, elles découvrent des puissances, elles manifestent des attributs dont senrichira un jour le principe supérieur qu’elles méconnaissent ; et des débris de leur physique, de leur logique ou de leur morale, la métaphysique renaïitra accrue et fortifiée.
Des le temps d’Aristote, une secte s'était élevée