LIVRE I, CHAPITRE IL
de rien et rien ne se réduit à rien ', tous les corps sont formés, en dernière analyse, d'éléments primitifs, immuables dans leur constitution, dans leurs figures et leurs grandeurs ?, parfaitement solides et indivisibles, les atomes. Enfin, le mouvement exige le videÿ. Dans le vide absolu se meuvent donc des corpuscules inaltérables, sans aucune action les uns sur les autres 4, unis seulement par des rap— ports tout extérieurs de distance; autant d’absolus isolés et indépendants. C’est à quoi se réduit tout ce qui est et tout ce qui peut étre, Et appuyé sur les notions et les argumentations abstraites vainement détruites par la physique et la métaphysique d'Aristote, Épicure relève et reconstruit à peu prés en entier le système mécanique et atomistique de Démocrite.
Seulement, tandis que Démocrite parait avoir con-
1 Diog. Laert. X, 40; Lucret. 1. I, v. 151.
? Diog. Laert. X, 41, 54; Lucret. 1. I, v. 530-2, Le caractere essentiel des atomes est en effet, comme le mot l’indique, l'indivisibilié, et en général Pimmutabilité, et non, comme on le dit souvent, l'extrême petitesse. Plutarch. de Plac. phil. 1, 3 : Καὶ εἴρηται ἄτομος, οὐχ, ὅτι ἐλαχίστη, ἀλλ᾽ ὅτι οὐ δύναται τμιιθῆναι, ἀπαθὴς οὖσα καὶ ἀμιέτοχος οὖσα. Voy. sur ce point Gassendi, Arzimadv. t. I, p. 178-9.
5 Diog. Laert. X, 40; Luciet. 1. 1, v. 335, sqq. ; Sext. Emp. adv. Math. VIX, 413.
4 Plutarch. adv. Col. 8: ἀπαθεῖς ; ibid. 10 : ἀτρέπτους χαὶ ἀσυμπαθεῖς... ὧν οὔτε καθ᾽ ἑαυτὰ ποιότης ἐστὶν, οὔτε πάθος ἢ μεταδολὴ συνελθόντων. Theodoret. Therap. IV. On verra plus bas que le Stoicisme prend le contrepied de ce système, et définit l’univers comme un lout continu et sympathique, συνεχὲς, συμπαθές.
sidéré tout mouvement comme le résultat du choc, en remontant d'un mouvement à un choc et d’un choc à un mouvement, à l'infini, Épicure se rend, ce semble, au principe d’Aristote, qu'on ne peut reculer à l'infini dans la série des causes ?. C’est pourquoi il attribue aux atomes, outre la grandeur et la figure, une pesanteur naturelle qui les ferait tomber éternellement dans la même direction, avec la même vitesse. Avant la fatalité de l’impulsion, la spontanéité de la nature. Ce n’est pas tout. Livrés à la seule pesanteur, les atomes descendraient toujours dans l’infinité du vide, les uns à côté des autres, sans jamais se rencontrer, Comme les gouttes
1 Stobée, Ecl. phys. 1, p. 348, dit positivement : Κινεῖσθαι δὲ κατ᾽ ἀλληλοτυπίαν ἐν τῷ ἀπείρῳ, el c’est aussi le seul sens que puisse avoir ce passage de Simplicius, ἐπ Phys. [9 96 : Δημόκριτος φύσει ἀκίνητα λέγων τὰ ἄτομα, πλυγ κινεῖσθαί φησιν. ἀχίνητα exclut l’idée d'un mouvement zaturel, et ne laisse subsister que celle d’un mouvement forcé (Cf. Arist. de Cælo, IT, 2). Πληγή signifie donc le choc des atomes les uns par les autres; de même plaga dans Lucrece, 1. IX, v. 285, et Cicéron, de Fatv, c. 12; et c’est contre toute apparence que Gassendi ( Arimady. t.1, p. 215 ) dit : « Constat Democritum accepisse τὴν πληγὴν pro interna impulsione, qua atomus seipsam agit, et quasi verbere cæco concitat, cum Epicurus eam vocem usurpaverit pro impulsione externa, qua atomus una in aliam incurrens ab ipsa retunditur. » — Par le παλμὸς, Démocrite désignait sans doute, comme Epicure par ἀποπαλμὸς (Diog. Laert. X, 44 ), l’uscillation ou palpitation résultant pour les atomes du choc et de la réflexion. De là, Plutarch. de Plac. phil. 1,23: Δημόκριτος ἕν γένος τῆς κινήσεως, τὸ κατὰ παλμιόν. Cf. ibid. 12, et 510}. Ecl. phys. I, p. 40.
* Eu effet, Aristote réfute expressément par ce principe l'hypothèse de Démocrile. De Cœlo, LIL, 2.
5 Diog. Laert. X, 43, 61, 73.