LIVRE I, CHAPITRE IT
d’une pluie éternelle *. Pour expliquer les rencon-— tres desquelles est résulté l’univers, il faut donc supposer encore dans les atomes, dans quelques-uns au moins ?, le pouvoir de s'écarter de la ligne naturelle de leur chute : de s'en écarter, par conséquent, non partout et toujours, non dans un temps et dans un lieu certains, mais en un moment, en un point de l’espace absolument indéterminables et incertains?. Enfin, les sens n'attestant nulle déviation semblable, il faut qu’elle soit petite jusqu’à en être insensible 4. Une déclinaison si faible qu’elle soit, dans un lieu et dans un temps quelconques, c’est assez pour qu'un jour, quelque part, les atomes se
1 Diog. Laert. X, 59. Lucret. |. IE, v. 221.
? « Quibusdam. » Cicer. de Fato, 12.
5 Lucret, L.-II, v. 221 :
Incerto tempore ferme Incertisque locis.
Nec regione loci certa nec tempore certo.
Cf. v. 260.
4 Diog. Laert. X, 59 : ἐλάχιστον. Plutarch. de Solert, anim. 7: ἐλάχιστον; de An. procr, 6 : Âxapés. Lucret. 1. IE, v. 243 :
Quare etiam atque etiam paulum clinare necesse est Corpora, nec plus quam minimum , ne fingere motus Obliquos videamur, et id res vera refutet, etc.
Tantum quod nomen mutatum dicere possis.
Tanneguy Lefèvre lit, au lieu de zomen, momen pour momentum. Cicer. de Fato, 12 : Perpaullum, quo nihil possit esse minus.
rencontrent, s'accrochent , s'engrenent; c'est assez pour la formation de l'univers. Et une fois formé, tout s’y accomplit avec une régularité, une uniformité qui ne se démentent jamais. Tout s’y enchaine dans un ordre certain : tout y naît avec constance de semences certaines, d'éléments invariables *. A l'indétermination de la cause première succède la détermination immuable des effets.
Ici, le commencement des choses n’est plus, comme il l'était probablement dans le système de Straton, l'effet d'un hasard apparent, sous lequel se cache l'initiative de Dieu. Il est l'effet d'un hasard ? absolu, sans aucune sorte de principe et de raison. Tout ce vaste umvers, composé d’une infinité de mondes, obéit maintenant et obéira éternellement, dans son ensemble, aux lois de la nécessité; et il a pour origine un premier coup du sort, une exception fortuite au cours de la nature, un mou-
1 Lucret. 1: I, v. 170:
Seminibus quia certis quidque creatur,
AS TC Quod certis in rebus inest secreta facultas , etc, V:-x89; Omnia quando Paulatim crescunt , ut par est, semine certo. V. 204 :
Materies quia rebus reddita certa est.
? Diog. Laert, X, 133