‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 40 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IL

vement, insensible il est vrai et pour ainsi dire nul, mais enfin sans aucune sorte de raison et d’explication possible.

Ainsi, tout dans le monde résulte de causes physiques, matérielles, corporelles; et ce que Straton n'avait dit, après Aristote, qu'en un sens relatif et restreint à la sphère de la physique, sans préjudice des vérités supérieures de la métaphysique, Épicure l'affirme, comme Démocrite, dans un sens absolu, et sans aucune réserve : l'univers s’est formé et se conserve sans l'aide des dieux . Cependant, comme Démocrite aussi, Épicure ne nie point qu’il y ait des dieux. Chez tous les hommes:il s'en trouve des idées préconcues, des anticipations, qui ne peuvent être que les copies de types véritables. Tels sont surtout, comme l’a dit Démocrite, les fantômes qui se présentent si souvent dans le sommeil ?. Mais les dieux ne sont pas autres qu'ils ne paraissent en songe, des êtres à forme humaine, pourvus seulement de corps et de sens plus subtils, indestructibles, et jouissant , dans les interstices vides qui séparent les mondes’, d'un éternel loisir. Quant

1 Diog. Laert. 121-4, 1309. Sext. Emp. Pyrrh. hypot. IIT, 219; Lucret. LI, v. 160; L. V, v. 158, sqq.; Cicer. de Nat. Deor. I, 20.

? Epic. ap. Diog. Laert, X, 123; Cicer. de nat. Deor. 1, τῇ ; Sext. Emp. adv. Math. ΤᾺ, 25, 43.— Tertullien dit encore, de An.43:« Major pee vis hominum ex visionibus Deum diseunt. »

3 Intermundia. Cicer, de Fin. 11, 23. Senec. de Benef. IV, 4.

à l’âme, elle n'est qu'un corps comme tous les autres, composé seulement des atomes les plus petits et les plus mobiles, mais qui se dissoudra avec le corps proprement dit', avec la chair ? où elle habite.

C’est donc vainement que le vulgaire se laisse troubler par la pensée que des puissances supérieures à la nature y interviennent à leur gré$, ou qu'après cette vie une autre vie nous attend, une vie inconnue et remplie de terreurs. Le résultat de la saine physique est d'établir que rien ne pouvant venir de rien (sauf la déclinaison, insensible dans le principe, et dorénavant incapable de rompre l’enchainement des causes), rien d’extraordinaire ne saurait arriver, rien qui ne puisse être prévu et expliqué, rien qui ne dérive d’une manière nécessaire de la constitution ou du mouvement de particules corporelles. Ainsi s’évanouissent les ténebres et l’effroi de la superstition.

On sait à quel point dans l'antiquité la religion entourait, remplissait de frayeurs la vie humaïne.

1 Diog. Laert. X, 63, 66-7 ; Lucret. 1. III.

? Σαρξ. Diog. Laert. X, 137 ; Clem. Alex. S/rom. II, p. 417. — Jene trouve pas de trace de l’emploi de ce mot dans ce sens avant Épicure. Plus tard les Stoïciens Épictète et Marc-Aurèle s’en servent , ainsi que du diminutif σαρκίδιον. Sénèque prend caro dans le même sens.

5 Lucret-l. I, v. 151:

Nullam rem e nihilo gigni divinitus unquam.

Quippe ita formido mortales continet omnes, etc.

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