‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 4 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE 1. "Ἱ · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE 1. "Ἱ

essences des choses , il leur faut reconnaitre aussi la présence de l'élément inexplicable du non-être, et c'est en faisant remonter ainsi le principe matériel Jusque dans les principes intelligibles , supérieurs à la matière, qu'ils se séparent principalement des Éléates. Or, s’il en est ainsi, rien n'empêche que le monde sensible ne s'explique par le seul monde intelligible. La nature n’est plus une image des nombres et des idées, distinguée de ses modèles éternels : elle en est le mélange, ou l’apparence à laquelle il donne lieu ἢ.

Mais alors où est la différence entre le monde intelligible et le sensible? Composés des mêmes éléments, ces deux mondes ne sont-ils pas une seule et même chose, qui n'est que logiquement double ? ? En passant de la diversité sensible à l’unité absolue, sans intermédiaire , la dialectique éléate les représentait à la fois immédiatement coïncidentes l’une à l’autre, et entièrement opposées. La dialectique platonicienne dégage du monde sensible tout un monde d'idées qui le séparent de l’absolue unité; mais, par cela même, elle fait entrer dans ce monde supérieur tout ce que renferme l'autre. C’est le

© Voy. 1‘ vol., part. III, 1. IL, c. 2.

2 Aristote dit : « En recourant aux idées pour expliquer les choses, on fait comme si, pour compter, on commençait par doubler. » Et ailleurs : « L'idée n’est que la chose mème, que l’on fait précéder d'auro : ἄνθρωπος, « ἀυτὸτ- ἄνθρωπος, C'est ainsi qu'on a conçu les dieux comme des hommes « éternels. »

même monde réduit à la condition de la généralité abstraite, et par conséquent dépouillé de l'existence réelle. Le progrès de la dialectique ne sert qu’à faire mieux voir qu'elle ne peut donner, par sa méthode superficielle de généralisation et d’abstraction , des principes et des causes efficaces, mais seulement les conditions logiques , et pour ainsi dire les cadres vides de l’existence; formes sans substance, fantomes de l’entendement, doués par l'imagination d'une réalité indépendante qui ne leur appartient pas.

Tel est l’état dans lequel Aristote avait trouvé la philosophie. Jusque-là elle n’avait fait encore que passer du monde sensible à ces généralités auxquelles l’entendement le reconnait soumis. C'était à un Asclépiade de la Thrace, nourri dans la médecine et l’étude de la vie, c'était au fondateur de l'anatoinie et de la physiologie comparées, qu'il était réservé de sortir du cercle de labstraction mathématique et dialectique, de remonter de cette nature, sur laquelle nul n'avait jeté encore de si profonds regards, au principe véritablement différent et supérieur qu'elle suppose, et, par là, s'élevant au-dessus de l’entendement et du raisonnement comme au-dessus des sens, pour se placer au point de vue supérieur d’une intuition tout intellectuelle , identité de l'être et de la pensée, de poser enfin les fondements de la Métaphysique.

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