LIVRE I, CHAPITRE IL
mépris et cette horreur de la superstition. La combattre , l’extirper entièrement des esprits, ce fut, à ce qu'il semble, la pensée qui le domina le plus. C’est celle qui respire dans tout le poëme de Lucrèce ". ι
Aussi apparut-il au vulgaire et à lui-même non comme un maitre seulement, mais comme un véritable libérateur, et presque comme un rédempteur divin. Non-seulement sa doctrine se conserva chez ses successeurs comme une chose sacrée, et à laquelle c'eüt été un sacrilége de rien changer? , mais encore les Épicuriens lui rendaient une sorte de culte religieux. Ils se réunissaient chaque mois dans des repas communs, et tous les ans le jour de sa naissance , comme il avait lui-même pris soin de le prescrire par son testament. Ils avaient partout son portrait, soit en peinture , soit gravé sur des coupes ou sur des anneaux ὅ, Colotes s'était jeté à ses genoux comme pour l’adorer, et Lucrèce semble douter sérieusement si le sage qui a renversé les anciennes idoles n’était pas lui-même un être supérieur à l'humanité,
1 Lucret I, v. 930:
M lo els ele Ὡς Arclis Relligionum animos nodis exsolvere pergo.