‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 44 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

ment doux’. Aristote avait renversé cette théorie.

Selon Aristote, le plaisir est attaché naturellement à l’exercice de toute fonction; chacune a son plaisir qui lui est propre?. Or parmi les fonctions naturelles , il en est à la vérité qui consistent soit à s’accroître de ce dont on manquait, soit à se diminuer de ce qu’on avait de trop, et qui par conséquent s’'accomplissent par un changement, un mouvement, et dans un certain temps. Ce sont celles de la vie végétative, les plus nécessaires et aussi les plus basses 3. Mais il en est d'autres qui ne sont pas la satisfaction d’un besoin préalable, et qui, en conséquence, n'impliquent par elles-mêmes aucun mouvement. Telles sont celles de l’ouie, de la vue, de l'intelligence. Dés le premier moment complètes et égales à ce qu'elles seront dans les moments suivants, elles ne s’accomplissent pas proprement dans un temps, mais dans un présent indivisible 4. C'est que, si dans les fonctions de la vie végétative, on passe par degrés d'un état à un état contraire qui est l’état naturel, dans les fonctions de la vie supérieure on ne fait qu'entrer en jouissance d’une disposition toute acquise, et passer sans changement de la

1 Diog. Laert. II, 88.

2 Voy. 15 vol., 1. IL, c. 2.

5 Eth. Nic. VII, 123 Magna Mor. Τὶ, 7.

4 Ibid.

possession, de l'habitude (ἕξις) à Vacte'. Par celles-là, dit Aristote, la nature se constitue telle qu'elle doit être; par celles-ci, déjà toute constituée ?, elle use et jouit seulement de ce qu'elle est déjà. Ces dernières ne sont donc en aucune façon des mouvements, mais de purs actes?. Ainsi déjà le mouvement n'est pour rien dans les fonctions de la partie supérieure de notre nature, et par conséquent dans les plaisirs attachés à ces fonctions, c'est-à-dire dans les plus nobles et les plus vrais.

Ce n’est pas tout; même dans les fonctions qui sont des mouvements, des changements de notre constitution corporelle, c’est l'âme qui ressent le plaisir. C'est qu'en effet c'est l’action de l’homme qui produit ces changements, et c’est dans cette action, non dans le mouvement de particules corporelles, que consiste le plaisir.

Ainsi , à vrai dire, point de plaisir qui soit par lui-même un mouvement 4. Seulement parmi les plaisirs les uns sont attachés à des fonctions qui impliquent essentiellement un mouvement du corps,

1 Eth. Nic. VII, 12 : Οὐδὲ γινομένων συμιδαίνουσιν, ἀλλὰ χρωμένων"... διὸ nat οὐ καλῶς ἔχει τὸ αἰσθητὴν γένεσιν φάναι εἶναι τὴν ἡδονὴν, ἀλλὰ μᾶλλον. λεχτέον ἐνέργειαν τῆς χατὰ φύσιν ἕξεως.

? Magna Mor. 11. 7 : ἐστὶν ἡ ἡδονὴ καὶ καθισταμένης τὴς φύσεως χαὶ χαθεστηχυίας,, οἷον χαθιστοιμιένης μὲν αἱ ἐξ ἐνδείας ἀναπληρώσεις, καθεστηχυίας δὲ αἱ ἀπὸ τὴς ὄψεως καὶ τῆς ἀκοῆς καὶ τῶν τοιούτων οὖσαι. Cf, Etk. Mic. loc, cit. — Polit. VIII, 5 : Μέσως χαὶ καθεστηχότως.

“, . " ELA Ἁ » LA 5 Magna Mor. loc. cit : ὥστ᾽ εἴη ἄν τις ἡδονὴ ἣ οὐκ ἔστι γένεσις,

4 Ibid. Διὸ οὐχ ἔστιν οὐδεμία ἡδονὴ γένεσις.

; ἃς ET. MICHAEL’8 \2

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