‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 46 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IL

ticipons;, de même le plaisir de lâme ne peut être autre chose que le souvenir des plaisirs de la chair, accompagné de l'espérance qu'ils se renouvellerontf. Et c'est pourquoi Épicure, comme on l’a déjà vu, interdit au sage toutes les études spéculatives, tous les arts libéraux, toutes les sciences , sinon dans la faible mesure où elles sont nécessaires pour établir qu'il n'y a rien que des corps, et que nous n'avons, en bien ni en mal, rien à attendre d’ailleurs. Nul plaisir qui ait son origine dans l'intelligence pure. « Je ne saurais quelle idée me faire du bien, disait Épicure, si je supprimais les plaisirs du boire et du manger, de l’ouie et de la vue, et ceux de Vénus ?. » Et enfin, si c'est dans le corps que les plaisirs du corps ont leur source, c'est au plus corporel qu'ils se réduisent tous comme à leur principe; c’est à celui que comporte la fonction la plus élémentaire et la plus nécessaire en même temps de l’organisation, savoir, la nutrition, base de la vie végétative. « C'est le ventre, dit Métrodore, le disciple chéri d’Épicure. c’est le ventre qui est le véritable objet de la philosophie conforme à la nature. » Et Épicure lui-

1 Diog. Laert, II, 89; XX, 22, 122; Athen. Deipnos. XII, 63. Plutarch. Won posse suav. vivi sec. Epic. 4. CF. Metrod. ap. Clem. Alex. Strom. II, 417. Senec. de Vita beata, ©. 6.

2 Diog. Laert. X, 6; Athen. VII 8, 11; XII, 67; Cie. Tuscul. ΠῚ, 18 ; de Fin. 11, 3; Plutarch. Non posse suav. vivi sec. Epic. 6. — Cette sentence faisait partie du principal ouvrage d'Épicure - Περὶ τέλους.

5 Ap. Athen, VII, τα; Περὶ γαστέρα γὰρ, ὦ φυσιολόγε Τιμόκρατες",

même : « Le plaisir du ventre est le principe et la racine de tout bien’. » Voilà donc les voluptés dont le souvenir et l'espoir suffisent à la félicité du sage, à celle des Dieux mêmes ?

Mais maintenant à quoi se réduit, dans le système d’Épicure, le plaisir même du corps et-de la chair? C'est ici que la morale épicurienne change de face, et se présente sous un aspect entierement nouveau et inattendu.

On ἃ vu que dans la théorie d’Aristote, en tant que la fonction à laquelle le plaisir du corps est attaché, est la réparation, le remède d’un mal qu’elle fait disparaître par un mouvement , ce plaisir n’est que relatif et négatif. Mais il a un principe positif, une vérité absolue dans la jouissance que donne à l’âme l'acte immatériel et immobile qui est la cause et la fin du mouvement. Et, à partir des plus basses fonctions du corps, on s’élève de degré en degré à des plaisirs de plus en plus immatériels et, par cela même, de plus en plus positifs et absolus. Dans le système d’Épicure, tout ayant son origine et sa raison dans le corps, il n'y a dans le plaisir que deux éléments, le mouvement, qui en περὶ γαστέρα ὁ κατὰ φύσιν βαδίζων λόγος τὴν ἅπασαν ἔχει σπουδήν. Cicer. de Nat. Deor.1I, 40. Plutarch. Non posse suav. vive sec, Epic. 3.

‘ Athen. XIL, 67 : Καὶ ἐπίχουρος δέ φησιν" ἀρχὴ καὶ ῥίζα παντὸς ἀγαθοῦ ἡ τῆς γαστρὸς ἡδονή. Gassendi dissimule les passages cités dans celte note

et les deux précedentes. Brucker (favorable ἃ l’'Épicurisme) cherche inutilement à en rendre suspecte l'authenticité.

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