LIVRE I, CHAPITRE IT
est le point de départ, le repos qui en est le terme. Tout plaisir a pour unique principe la satisfaction d’un besoin, et n'est que le remède d'une douleur. Dès lors sa fin, son point extrême, est la cessation de la douleur. Le but auquel tendent tous les êtres, ce bien suprème qu'ils poursuivent sans relâche, c'est donc uniquement de ne pas souffrir’. Le plaisir de l’âme, souvenir et espoir de celui du corps, c'est l’assurance d’être à l'abri de-toute douleur, c'est l’ataraxie, le calme inaltérable qui en est le résultat ; et la parfaite félicité est toute renfermée dans ces deux conditions : pour le corps point de douleur, pour l'âme point de trouble ?.
A la mème époque, un de ces Péripatéticiens qui avaient abandonné les parties élevées de l’Aristotélisme, Hiéronyme de Rhodes, avait été conduit pareillement à faire consister le souverain bien sans l'exemption de souffrance ἡ. L'humanité réduite aux
! Diog. Laert. X, 139; Cicer. de Fin. 11, 419.
? Diog. Laert, X, 128 : Τούτου γὰρ χάριν ἅπαντα πράττομεν, ὅπως pre ἀλγῶμιεν pire ταρθῶμιεν. 131: Μήτε ἀλγεῖν κατὰ σῶμα UMTE ταράττεσθαι κατὰ ψυχήν. 136 : ἀταραξία καὶ ἀπονία. 128 : ... ἐπὶ τὴν τοῦ σώματος ὑγίειαν, καὶ τὴν τῆς ψυχῆς ἀταραξίαν. ---- ὑγίεια est employé ici comme synonyme d’'érovis. Il n’en faut donc pas conclure, comme le pense M. H. Ritter ( Hist. de la phil. anc., trad. fr. t. ΤΠ, p. 387 ), qu'Épicure admei un sentiment spécial et positif de la santé, mais au contraire que la santé n’est autre chose, selon lui, que l’absence de douleur, de peine (movcs). — Gassendi atténue aussi cette doctrine, et en efface ainsi le caractère. Animadv. pp. 1383, 1679.
5 Cicer. de Fin. V, 5 : Summum enim bonum exposuit vacuitatem dolo-
sens, il avait pensé, probablement avant Épicure, qu'elle n’avait à souhaiter rien de mieux que d’être toujours sans douleur. Mais il avait pas prétendu que ce fût là le plaisir. Selon Épicure, ne souffrir ni douleur du corps, ni trouble de l'âme, c’est le plaisir le plus grand qui se puisse concevoir.
Pour être heureux, il n’est donc pas besoin de ressentir les plaisirs de la chair en mouvement. Au contraire quelque malaise y est toujours mêlé; ce qu'il faut et ce qui suffit, c’est de n'éprouver et de attendre pas de souffrances.
Mais, au milieu des causes infinies de douleur qui nous assiégent, comment faire pour en préserver le corps, et, par suite, pour assurer l'âme contre le trouble? Déjà, il résulte de la théorie épicurienne que le plaisir tient beaucoup plus de place dans la vie que le vulgaire ne pense”; car la douleur n’occupe qu’une faible partie du temps qui nous est donné, et entre l’absence de la douleur et le plaisir, il n’y a point de milieu. Mais ce n'est pas assez. Ce qu'il faut au sage, c'est l’ataraxie assurée, inaltérable ; ris. Acad, IL, 42 : Vacare omni molestia Hieronÿymus (sc. finem esse censuit). De Fin, 11, 3 : Nihil dolere. Cf. Tuscul. V, 30.
1 Cicer. de Fin. Il, 3, 6.
2 Diog. Laert. X, 34, 129, 139-141.
5 Diog. Laert. II, 89; Plutarch. adv. Colot. τ. Les Cyrénaïques, au contraire, considéraient le plaisir et la douleur comme deux mouvements opposés, entre lesquels un état neutre, le repos. Aristocl. ap. Euseb. Præp.
εν. XIV, 18 ; Plutarch. adv. Col, 27. Le plaisir et la douleur sont donc contraires, selon Aristippe, et simplement contradictoires selon Épicure,