LIVRE 1, CHAPITRE II
canonique et de la morale épicuriennes. Pour sortir du mouvement naturel, éternel et uniforme, pour passer ensuite de l’enchainement fatal de mouvements forcés qui lui succèdent à l’immobilité de âme , un mouvement extraordinaire, exempt des conditions méme du mouvement, un événement sans cause, tel est le dernier ressort de tout l'Épicurisme.
Eu un mot, la philosophie épicurienne écarte, rejette ce qui est le sujet propre de la métaphysique : l'acte immatériel de l'intelligence pure. Et en même temps, avec ce qu'elle en emprunte, elle tente pour la premiere fois, dans les limites même du plus étroit matérialisme, de se soustraire mieux encore que l’Aristotélisme ne l'avait fait, à l’empire des sens et des passions, et, selon l'expression qu’elle employa la premiere peut-être, à la chair. Mais c’est pour s'arrêter dans une vaine négation, appuyée sur une fiction insoutenable; c’est pour s’arrêter dans le repos de l’absolue inertie, édifiée sur le hasard.
D'une conception diamétralement opposée à celle-là sortait, dans le même temps, le Stoicisme.
Un des premiers Stoïiciens, contemporain d'Epicure, Cléanthe, enveloppe dans un blâme commun, avec ceux qui prennent le gain ou la vaine gloire
pour le but de leur vie, ceux qui le placent dans le
relächement ( ἄνεσις) et les plaisirs du corps". La premiere de ces deux expressions est à elle seule Ja formule complete de la philosophie d'Épicure. Relâchement?, atonie, inertie, c’est tout l'Épicurisme 5. Au contraire, le Stoicisme se résume tout entier dans l’idée de la tension ( τόνος, ἐπιτάσις). 4
Les Cyniques avaient opposé aux molles doctrines des Cyrénaiques une morale uniquement fondée sur la force et l’effort. Tandis qu’Aristippe prenait pour le mal la peine ou le labeur, c’est dans la peine, identifiée avec la vertu, que les Cyniques, à l'exemple peut-être des Pythagoriciens, avaient fait consister le souverain bien.
ὁ Cleanth. Hymn., ap. Stob. Ecl. t. I, p. 32 :
Οἱ μὲν ὑπὲρ δόξης σπουδὴν δυσέριστον ἔχοντες, "ἃ ν᾽ LL e La »
? En latin remissio. Cicéron (de Off. III, 29), en parlant des Épicuriens : Qui ista remissius disputant, — La remissio portée à l’excès devient solutio, où resolutio. Senec. de Tranquill. an. e. 15 : Multum interest, remittas aliquid, an solvas. Gregor. Naz. ap. Gatak. ad M. Antonin. IV, 26: Τὴν ἄνεσιν ἔχλυσιν un ποιήσασθαι.
5 C’est ce qu'exprime parfaitement , pour la physique, ce passage de Tertullen , de An. 46 : Epicurus... liberans a negoliis divinitatem, et in passivitate omnia spargens, ut evenlui exposila et fortuita.
1 En latin éntensio, où même tenor ; Anonym. ad calc. Censorini, de Die nat. α. 1 : Initia rerum Stoici credunt tenorem atque materiam.
5 Ioycs. Diog. Laert. 11, 66, 86, 90.
5 ὅτι ὁ πόνος ἀγαθόν. Diog Laert. VI, 2; cf. 71. τοί ; Stob. Serm. XXIX, 65. Voy aussi Crat, Epist. 2 (1601, in-8°, f. 88). Les prétendues letires de Cratès sont apocryphes ainsi que celles de Diogène; mais les élements en sont en partie tirés de bonnes sources, Voy. Boissonnade, Vo’, εἰ