LIVRE I, CHAPITRE IL
Zénon est donc d’accord avec Épicure pour rejeter comme une abstraction la substance incorporelle et immatérielle d’Aristote, objet spécial de la Métaphysique. Mais au lieu qu'Épicure ne reconnait rien dans les corps (sauf le pouvoir accidentel, en quelque sorte, de dévier de leur chute naturelle ) que des propriétés mathématiques, la grandeur et la figure, par lesquelles 115 ne sont susceptibles ni d'action ni de passion’; au contraire, suivant les Stoiciens, l’essence même du corps, essence d'ou dérivent toutes ses propriétés, c’est d'agir et de souffrir.
Ainsi il y a deux principes : le principe passif et le principe actif; le premier est la matière, le second la force, ou la cause ἢ, Tandis que les Épicuriens ne
coua. 30. Id. adv. Stoic. 30 : ὄντα γὰρ μόνα τὰ σώματο, καλοῦσιν, ἐπειδὴ ὄντος τὸ ποιεῖν τι χαὶ πάσχειν. Diog. Laert. VII, 56. Senec. Epist, 89, 106. Cic. Acad. 1, 11.
1! Voyez plus haut, p. 89. De mème Démocrite. Stob. οὶ. t, I, p. 318 : Οἱ ἀπὸ Anpoxpirou ἀπαθῆ τὰ πρῶτα, τὴν ἄτομον καὶ τὸ κενόν.
5 Diog. Laert. VII, 134 : Δοκεῖ δ᾽ αὐτοῖς ἀρχὰς εἶναι τῶν ὅλων δύο, τὸ ποιοῦν καὶ τὸ πάσχον. Plutarch. de Plac. phil. 1, 3; Sext. Empir. adv. Math. 1X , 11. Senec. Ep. 65 : Dicunt, ut scis, Stoici nostri duo esse in rerum natura, ex quibus omnia fiant : caussam et materiam. — Ex eo constant (se. res omnes) quod fit, et ex eo quod facit. M. Antonin. VII, 29 : Δίελε χαὶ μέρισον τὸ ὑποχείμιενον εἰς τὸ αἰτιῶδες καὶ ὑλικόν. IV, 21 ; VIIE, τα; XII, 29. Cic, Acad. I, 6 : In eo autem quod efficeret, vim esse censebant ; in eo autem quod efficeretur, materiam quamdam, Cf. Lactant, Div, inst. VII, 3. — Zénon définissait Dieu : δύναυιν χινητιχὴν τῆς ὕλης χατὰ τοὐτὰ χαὶ ὡσαύτως. Ces dernières expressions sont empruntées à Platon, V. Tim. p. 28.
forment les choses que d'éléments matériels, inaltérables, impassibles, immuables, sinon dans leurs rapports de situation les uns avec les autres, au contraire , comme Aristote, comme avant lui Héraclite, Anaximène , . Thales, les Stoïciens reconnaissent dans la matière un principe passif, susceptible de toute espèce d’altération et de transformation; ils reconnaissent, avec Aristote, dans la cause, dans la force, le principe de tous les changements de l’élément passif. Mais ces deux principes opposés, dont Aristote avait cru le second essentiellement indépendant du premier, les Stoiciens les font inséparables.
La matière ne peut subsister seule, il faut un principe d'unité qui l’informe et qui la contienne : c’est ce qu'Aristote aussi avait montré; mais ce qu’ajoute le Stoicisme, c’est que le principe actif, c'est que la force ne saurait non plus subsister sans matière ; selon eux, il lui faut un sujet où elle réside, dans lequel elle agisse et se meuve ?. Tout être est à la fois
1 Plutarch. de Plac. phil. 1, 9 : Οἱ ἀπὸ Θάλεω καὶ Πυθαγόρου καὶ οἱ Στοϊχοὶ τρεπτὴν καὶ ἀλλοιωτὴν χαὶ μεταύλυητὴν χαὶ ῥευστὴν ὅλην δι᾿ ὅλου τὴν ὕλην. — Les Épicuriens disaient que l’atome était ἄτρεπτος. Chez les Stoïciens τροπὴ est le terme propre pour signifier le changement d’un é'ément en un autre ; voy. Diog. Laert. VII, 142; Stob. Ecl.t. I, p. 390 ; Plutarch. de Storc. rep. 37. Ils l'avaient sans doute emprunté à Héraclite ; voy. Clem. Alex. Strom. V,p. 599 C.
? Οἷς. Acad. I, 6 : Neque enim materiam jpsam cohærere potuisse, si nulla vi contineretur, neque vim sine aliqua materia; nihil est enim quod non alicubi esse cogatur. Cf, Stob. Ecl. τ. I, p. 324.