‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 56 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE

actif et passif, matiere et force par conséquent; et la matière et la force ne sont, en réalité, que le même être considéré dans l'élément passif et dans l'élément actif de sa constitution.

Maintenant l'élément passif, la matière du corps, c'est, selon les Stoiciens, ce par quoi il existe"; et pour cela sans doute ils lui donnent le nom qu’Aristote attribuait au contraire de préférence à la forme, au principe actif, le nom d'essence ou substance ( οὐσία)". L'élément actif, la force, constitue, non plus seulement l'existence de l'être, mais sa maniére particulière d'exister : c’est donc sa qualité (ποιότης ) 3. La qualité n'est plus ici un attribut appartenant à plusieurs sujets à la fois; c’est la maniere d'agir, et par conséquent le propre et l'individualité

1 Stob. Ecl. t. IT, p. 90 : Ταῦτ᾽ εἶναί φησιν ὁ Ζήνων, ὅσα οὐσίας μετέχει.

2 Diog. Laert. ὙΠ, 150 ; 810}. Ec. τ. I, p. 324. M. Antonin. XII, 30.

5 En effet, il y avait selon eux, dans tout corps un double mouvement tonique, ou de tension : l'un de condensation, l’autre de raréfaction , le premier du dehors au dedans, le second du dedans au dehors, Or du premier provenait l'être, du second la qualité, dit Simplicius, ou, comme s’exprime Némésius, du premier provenait l'union et l'être, οὐσία, du second les grandeurs et les qualités. Nemes. de Nat, hom. 2 : Εἰ δὲ λέγοιεν, καθάπερ ci

Fr , + , \ « ὃν Ê end Στωϊκοὶ, τονυχήν τινα εἶναι κίνησιν περὶ τὰ σώματα,, εἰς τὸ ἔσω Qui χαὶ εἰς

ν τὸ ἔξω χινουμιένην, καὶ τὴν μὲν εἰς τὸ ἔξω μεγεθῶν χαὶ ποιοτήτων ἀποτελεστικὴν εἶναι, τὴν δὲ εἰς τὸ ἔσω ἑνώσεως χαὶ οὐσίας. Simplic, ἐπ Categ. y’ ἴ. 5 b: Οἱ δὲ Στωϊκοὶ δύναμιν ἢ μᾶλλον χίνησιν τὴν μανωτικὴν καὶ πυχνωτιχκὴν ’ 4 ἢ pt US κι Ni CE \ νη \ A ἢ MY ἐς ᾿ ἢ τίθενται, τὴν μὲν ἐπὶ τὰ ἔσω τὴν δὲ ἐπὶ τὰ ἔξω, χαὶ τὴν μὲν τοῦ εἶναι τὴν δὲ τοῦ ποιὸν εἰναι νομίζουσιν αἰτίαν. — On voit bien par ces deux passages comparés, comment les Stoïciens transportent le nom α᾽ οὐσία, à la matière, comme constituant la simple existence.

de chaque être. * C’est ce qui de la matiere, capable de toutes les déterminations, fait un individu, à l'exclusion de tout autre ?. Ainsi la qualité des Stoiciens n’est pas l’idée générale de Platon, essence commune de tousles êtres qui y participent: c’est la forme spécifique, individuelle, dans laquelle seule Aristote a fait consister l'essence. De même donc que, suivant Aristote , loin que plusieurs êtres puissent avoir même essence, deux êtres de même essence ne feraient qu'un; de même, suivant les Stoiciens , deux individus de même qualité seraient identiques. D’où il suit, comme on l’a déjà vu Ÿ que tous les modes de chaque être participant nécessairement de sa qualité constitutive et essentielle, il n'y ἃ rien d’entièrement semblable. Et tandis que Platon faisant consister l'essence dans une idée générale différente des individus, Épicure rejetant toute essence comme une pure abstraction, l’un et l’autre ont supposé l'existence d'une multitude d'individus entièrement semblables en eux-mêmes, et différents seulement de position, tandis qu'Aristote a du moins laissé une place à des accidents provenant de la matière, qui couvrent la différence radicale des essences;

1! Simplic. ir Categ. X f. 3 : Οἱ δὲ Στωϊχοὶ τὸ χοινὸν τῆς ποιότητος τὸ ἐπὶ τῶν σωμάτων λέγουσι διαφορὰν εἶναι οὐσίας οὐχ ἀδιαληπτὴν καθ᾽ αὑτὴν, ἀλλ᾽ εἰς ἕν νόημα χαὶ ἰδιότητα ἀπολήγουσαν.

Diog. Laert. ὙΠ, 137 : Τὸν ἐκ τῆς ἁπάσης ὀυσίας ἰδιοποιόν (en parlant de Dieu ).

5 Voy. plus haut, p. 129.

au contraire, suivant les Stoïciens, par la même raison qu'il ny ἃ pas deux animaux ayant une même âme, il n’y a pas dans l’univers deux êtres absolument pareils et impossibles à discerner l’un de l’autre.

En effet après la substance, sujet de la qualité, et la qualité elle-même, que reste-t-il dans un être? Rien que les modes, considérés soit en eux-mêmes, soit dans leurs rapports avec d’autres; et les dix catégories énumérées par Aristote doivent être réduites à quatre : la substance, la qualité, le mode et la relation".

Or la relation prise à part et séparée des termes entre lesquels elle existe, est une conception, qui ne subsiste que dans l'entendement ?. Le mode même, si on le distingue de la qualité, c'est-à-dire de la force qui produit tout ce qui arrive dans l'être, le mode n’est qu'une abstraction. Tout ce qu'il y ἃ de réel en chaque être, c’est donc, avec sa matière, la qualité qui est sa forme propre, et qui n'appartient qu'à lui seul.

Aristote ἃ montré que tout l'être proprement dit est renfermé dans la seule catégorie de la substance,

1 Τὸ ὑποχείμιενον, τὸ ποιὸν΄, τὸ πῶς ἔχον, τὸ πρός τί πὼς ἔχον. Diog. Laert. VII, 6x ; Simplic. ἐπ Categ, $° 16, b. Cic. Acad. I, 6 ; Senec. Ep. 89.

? Simplic. ée Categ. θ΄ ἵν 5; b. Cf. Sext. Empir, adv, Math. VIII, 335, 453 ; IX, 208.

ou de lêtre en soi, dont toutes les autres ne contiennent que les attributs. Dans cette catégorie fondamentale il a distingué encore l'être en puissance ou la matiere, l’être en acte ou la forme; et c'est dans la forme seule, dans l’acte, c'est-à-dire, en dernière analyse, dans la pensée, qu'il a vu le premier et le véritable être. Selon les Stoïiciens, point de forme qui ne soit en un sujet, et qui par conséquent ne soit une qualité ; et la réalité, le véritable être, se partage entre les deux catégories de la matiére, ou substance, et de la qualité, indissolublement unies l’une à l’autre’. C’est donc la matiere qui est la base de l'être; c'est la qualité, force tendue dans la matière, qui le détermine, qui en produit ainsi tous les modes, qui constitue elle seule tout ce qu'ils ont de réel et imprime à tous le caractere de son individualité. |

Dés lors, de même que dans la doctrine péripatéticienne, de même dans celle des Stoiciens, le principe actif est encore la raison (λόγος) de tout ce qui se passe dans l'être, la loi d’après laquelle tout s'y ordonne et s’y accomplit. Mais, dans la doctrine péripatéticienne, si le principe formel de chaque étre en est la raison, c'est qu'il est la fin, supérieure en soi à la matière et au mouvement, parfaite et

ὁ Simplic. ἐπ Categ. f 4%, Ὁ, Cf, Senec. Ep. 117. Stob. Ecl. t. I, p' 550.

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