LIVRE 1, CHAPITRE Il
distingué du feu comme la pensée est distinguée de lui-même, et dont toute l'essence consiste dans un mouvement perpétuel de révolution’. C’est aussi dans l’éther que Zénon fait consister le principe actif qui parcourt et qui vivifie tout. A la vérité il n’en sépare pas le feu. Le feu, l'éther, l'esprit, ne sont pour lui qu’un'seul et même élément; c’est un feu éthéré, c’est un esprit igné ? dont un air est la base matérielle. Mais ce n'est pas l'air ni le feu grossier que nous voyons. Aristote avait remarqué que le feu, livré à lui-même, ne fait que détruire, tandis que la chaleur éthérée, dont le ciel est la source, donne et entretient la vie. De même, selon Zénon et son école, le feu que nous voyons consume indéfiniment tout ce qu’on soumet à son action : le feu éthéré est ce qui engendre et fait vivre par une action régulière et mesurée, par un véritable art, supérieur à tout art hnmain. C’est un feu artiste, marchant par une voie, par une méthode certaine à la génération du corps.
* Aristot. de Cælo, I, 2,3 ; II, 7 ; Meteor. I, 3. Voy. Vater, Theologiæ Aristotelicæ vindiciæ, Lips. 1795, in-8°. — Aussi Aristote fait venir αἴθηρ. non de αἴθειν., mais de ἀεὶ θεῖν.
2 Cic. de Fin. IV, 5; de Nat. Deor, 1, 14, 15; Chrysipp. ap. Stob. Ecl.t.1,p. 372; Plutarch. de Plac. phil. 1, 6, 7; Diog. Laert. VII,
5 Diog. Laert. VII, 137, 148, 156 : Πῦρ τεχνικὸν ὁδῷ βαδίζον εἰς γένεσιν. Plutarch. de Plac. phil. I, 7 ; Cic. De Nat. Deor. II, 11, 15, 232,32. Sur la locution ὁδῷ, voy. Gatak. ad M. Antonin. Y, 9. Cf. Pulliald. ad Ptolem. de Judic, facult. (Paris, 1663, in-4°}), p. 59.
En résumé, la cause, dans chaque être, n’est plus pour les Stoïciens, comme elle l'était pour Aristote, une fin incorporelle à laquelle tendent par ordre, cédant à son attrait, les divers éléments matériels, et avant tout l'esprit éthéré, son premier organe : c’est un éther et un feu consistant en une tension de l'air, feu subtil, sans forme par lui-même qui pénètre? dans la matière en prenant toutes les formes et qui en même temps l’embrasse et la contient ὃ; principe intérieur et extérieur à la fois #, homogène et coétendu à ses effets. — Enfin cette force n’est pas une force brute, et qui agisse au hasard. C’est une ‘raison séminale, contenant à l’avance et développant avec ordre, par sa seule vertu, tous les modes de l'existence du corps qu’elle anime.
Maintenant l'univers n'est pas un assemblage de parties isolées et sans commerce les unes avec les
1 Diog. Laert, VII, 134: Σώματα εἶναι τὰς ἀρχὰς χαὶ ἀμορφοὺς, τὰ δὲ (56. στοιχεῖα.) μιεμιορφῶσθαι. Cf. Posidon. ap. Stob. Ecl. 1.1, p. 58.
? Διήχει, terme propre au Stoïcisme, Alex. Aphrod. de Mixt. p. 141: Πνεύματος τινὸς διὰ πάσης αὐτῆς (se. τῆς οὐσίας) διήχοντος. Diog. Laert. VII, 38 ; Nemes. de Nat. hom. c. 2 ; Clem. Alex. Hortat. et Strom. I, ap. Gatak, ad M. Antonin. IV, 40. On a vu plus haut que , d’après Stobée, Aristote se serait déja servi de celte expression; mais cela est au moins douteux. — Les Stoïciens emploient aussi, au lieu de διήχειν, διατείνειν.
5 Suyéye, expression classique chez les Stoïciens, comme διήκει. Cicéron rend généralement διήχειν ou διατείνειν par pertinere (de Nat. Deor.] , 14 ; II, 9, 54, 55), συνέχειν par continere ( Ibid. II, 11, etc. ).
4 Senec. Quest. nat., præf., en parlant de Dieu : Opus suum el extra et intra tenet. Cf. Jul. Firmic. Astronom. 1, 3 (J. Firmicus appartient à l’école stoicienne, qu’il défend contre Plotin).