‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 63 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE If · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE If

prement le nom de nature, φύσις, qui implique et exprime l’idée de la génération et de la naissance.

Chez l'animal, la force , l'esprit éthéré , la nature devient une éme. Dans l'âme se distinguent et se séparent les deux éléments qu'enveloppait, chez la plante, l'unité de la zature. Ce sont les deux grandes puissances auxquelles Aristote , le premier, avait su réduire toutes les autres, l’une tendant à la connaissance , l’autre à la pratique, Dans l'animal, c’est la sensation et l'appétit! Or, non-seulement la seconde de ces deux facultés?, mais la première elle-même consiste essentiellement dans la tension et l’effort.

L'esprit qui vivifie l'animal réside dans le cœur, suivant les Stoïciens 9, comme suivant Aristote. C’est en le tendant du cœur dans les membres que lanimal les meut : de mème les sens ne sont autre chose que des esprits tendus du cœur à lextrémité des organesi, Tendus pendant la veille, le som-

1 Diog. Laert. VIL, 86; Galen, de Hippocr. et Plat. plac. I, p. 91.

2 Le rapport entre le τόνος et l’éouà ou ὄρεξις (sur la différence de ces deux dernières expressions, voy. Salmas. ad Epict. p. 25, 43) , est indiqué dans cette définition de Simplicius ir Æpictet. Man, 1 : H ὄοεξις... ἔκτασις οὖσα. τὴς ψυχῆς ἐπὶ τὸ ὀρεκτόν,

5 Chrysipp. ap. Galen. de Hippocr. et Plat. plac. III, 5. Diog. Laert. VII, 159. Plutarch. de Plac. phil. IV, 5.

4 Jd. ibid. 21, 8: Αἰσθητήρια, λέγεται πνεύματα νοερὰ ἀπὸ τοῦ ἡγεμιογιχκοῦ ἐπὶ τὰ ὄργανα τεταμένα, Nemes. de Nat. hom. 6. Chaïcid. ἐπ Tim. p. 330 : Stoici vero videndi causam in nativi spiritus intentione consti-

meil les relâche τ; c’est un affaissement de l’âme qui se contracte et se ramasse en elle-même ?. La mort est le relâchement complet de l'esprit sensitif que l’âme tendait dans le corps ἢ.

Or, on l’a déjà vu, selon Aristote la sensation, relativement passive, ne s’accomplissait pourtant que pär l'action. Car ce n’était, dans le fond, que la pensée, engagée, incarnée dans la matière. Straton avait ajouté que le sens n’était autre chose que l'intelligence même, regardant à travers des organes , et c’est pourquoi il n'y avait pas selon lui de sensation sans quelque degré d’attention. Selon les Stoiciens, enfin, marchant plus avant encore dans la même voie, point de sensation véritable, parfaite, sans le consentement, qui émane de la volonté : bien plus, c’est ce consentement seul qui est la perception; le reste n’est qu'impression éprouvée par le corps : toute sensation est un assentiment 4.

Ainsi, si les mouvements de la vie végétale sont

tuunt. Cf. Chrysipp. ap. Galen. loc. laud. Jambl. ap. Stob. Ecl. τ. I, p. 876; Diog. Laert. VII, 52; Chalcid. ir Tim. p. 308.

Plutarch. de Plac. phil. V. 23 : Ῥὸν μὲν ὕπνον γενέσθαι ἀνέσει τοῦ aiαθητιχοῦ mvebwarcc. Diog. Laert, VII, 158 : ÉxAvou.évou τοῦ αἰσθητικοῦ τόνου περὶ τὸ ἡγεμονικόν. Tertull. de An. 42.

* Cic. de Divin. 1, 58 : Contrahi autem animum Zeno et quasi labi pulat alque concidere, et ipsum esse dormire,

5 Plutarch. de Plac. phil. V, 23.

4 Cicer. Acad. 11, 33 : Sensus ipsos assensus esse. Voy. plus haut, P. 127, n. 4.

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comme des images imparfaites de la sensation et de l'appétit, à leur tour la sensation et l'appétit remontent à un principe supérieur, corporel encore, mais qui pense et qui veut. C'est, encore une fois, la pensée de l'Aristotélisme descendue pour ainsi dire d’un degré, de la métaphysique à la physique. — Dès lors, l'intelligence et la volonté proprement dites étant étrangères à l'animal, il n’y a pas pour lui de véritables représentations Ἶ : l’homme seul en est capable, parce que chez l’homme seul se manifeste enfin par elle-même la force d'où procèdent et la connaissance et l’action. Dans l’animal, elle ne se révèle que par des puissances qui émanent d'elle. Chez Fhomme seul apparaît, dans la vérité de sa nature, le principe qui règne à la fois sur la faculté sensitive et sur la faculté motrice ?. C'est le principe dirigeant (ἡγεμονικὸν); c’est ce qui pense et qui veut, dont chacun de nous dit 7e, mot, et que l’on connait par la conscience 4.

De même donc que suivant l’Aristotélisme, l’intelligence , avec la volonté, est la cause première dans l'ordre de l'être, quoique apparaissant la dernière dans la nature, et l'unique principe duquel

ἡ Plutarch. de Plac. phil, ΠΤ 11.

2 Galen. de Hippocr. et Plat, plac. II, p. 91 : ἔστι δὲ τὸ ἡγεμονιχὸν, ὡς αὐτοὶ βούλονταί, τι χατάρχον αἰσθήσεώς τε at ὁρυ ἧς.

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