LIVRE I, CHAPITRE II
est une possession, une Labitude des représentations, que rien ne peut arracher de l’âme; c’est-àdire que comme, dans la nature, l'habitude est une force qui contient et lie les éléments de la pierre et du bois , les os et les nerfs de l’animal, de même la science est une force qui tient unies ensemble les représentations une fois comprises, et par conséquent une habitude, consistant dans une énergie et une tension volontaire de l'âme '; en sorte que la science est un produit de la volonté, par conséquent une œuvre d'art, et même une vertu. De même que dans la nature il n’est rien d'entièrement séparé , et il y a en tout quelque chose de tout, de même dans la philosophie il n’est point de partie qui ne tienne de toutes les autres, et les deux extrêmes de la spéculation et de l'action se pénètrent et se confondent ?. ;
Mais ce n'est pas encore dans la spéculation, c'est dans l'action proprement dite que l'âme, que la raison achève de révéler sa nature et d'accomplir sa destinée.
Tout être naturel se compose, comme on l'a vu, d’un ensemble de parties, unies les unes avec les autres par une force dont elles sont le développe-
1 Voy. plus haut , p. 134 5 Sext, Empir. ads. Math. VII, 19; Diog. Laert, VII, 40: Οὐδὲν μερός τοῦ ἑτέρου προχεχρίσθαι (Ritter : ἀποκεκρίσθαι)... ἀλλὰ μιεμίχθαι αὐτά.
ment. Cet ensemble, les Stoiciens l'appellent la constitution’. La constitution est le principe dirigeant dans son rapport avec le corps?. Tout être en qui se trouve le principe dirigeant ἃ donc la conscience plus ou moins claire de sa constitution 9 : par conséquent, sa constitution n'étant que ce principe lui-même, qui tend dans le corps au développement de ses puissances, l'être a une inclination naturelle à la conserver 4, Telle est sa première et sa plus naturelle propriété. Il y a des choses qui lui sont propres, qui appartiennent à son économie 5 : d’autres lui sont étrangères et ennemies. Retenir celles-là, éloigner celles-ci, c'est son premier penchant et l'origine de tous les autres. La nature ἃ,
Sôaraots. Diog. Laert, VII, 85. — Constitutio. Senec. Æpist. 121. Ce mot était probablement employé déja en ce mème sens par les Péripatéticiens. Voy. Cicer. de Fin. V, 9.
? Senec. ibid. Constitutio est... principale animi quodam modo se habens erga corpus. — Quodam modo se habens erga corpus doit être la traduction de πῶς ἔχον πρὸς τὸ σῶμα. Voy. plus haut, p. 141, n. τ,
5 Id. ibid. Infans... quid sit constitulio non novil; coustitutionem suam novit. —— Sicut infantibus, sic quoque animalibus principalis partis suæ sensus est non salis dilucidus, non expre:sus. Stob. Ec/. t. Il, p. 60.
4 Diog. Laert.” VII, 85 : Τὴν δὲ πρώτην ὁρυνήν φασι τὸ ζῶον ἴσχειν ἐπὶ τὸ τηρεῖν ἑαυτὸ, οἰχκειούσης αὐτῷ τῆς φύσεως ἀπ᾽ ἀρχῆς χαθά nou ὁ Χρύσἵππος... πρῶτον οἰκεῖον λέγων εἶναι παντὶ ζωῳ τὴν αὑτοῦ σύστασιν χαὶ τὴν ταύτης συνείδησιν. 510}. Ecl. τ. II, p. 60. Cicer. de Fin. IL, 5; de Off. I, 4. Senec. loc. laud.
# Cicéron et Sénèque traduisent οἰχειοῦν ou συνοιχειοῦν par conciliare, Les anciens Stoïciens, qui s’atlachaient beaucoup à la propriété des lermes et à leur filia ion : Cicer, de Off.1, 7), devaient pren’ re en g ai de considération , dans l'emploi d’ezeïev et εἰχειοῦν, leur rap ort étymologique à εἶκος et ses dérivés, qui jouaient un rôle si important dans toute leur doctrine.