LIVRE I, CHAPITRE
succède, et elle établit pour principe de toutes choses, au lieu de la matière, et au lieu d’une vague généralité, qui n’exprimait aussi que la possibilité universelle, une cause immatérielle et réelle en même témps, parce qu'elle est l'acte même.
Maintenant qu'est-ce que cet acte dans lequel consiste la nature de Dieu ? C’est la pensée. En effet, le premier principe étant tout en acte, et par conséquent sans matière , il ne peut être un objet de sensation; il est purement et simplement intelligible. Or, par où la forme sensible, objet de la sensation, diffère-t-elle et de cette sensation même, et de l'âme qui en est le sujet? Par la matière seule où elle réside. La sensation, ou perception sensible, consiste à appréhender les formes sensibles des choses, dépouillées, abstraites de leur matière". Dégagées de la matière dans l'acte de la sensation, elles y deviennent les formes, les actes du sens même ?. Sans la matiere, tout se trouvant réduit à la forme, les objets de la connaissance , l’âme qui les connaît, et la connaissance elle-même, ne seraient donc qu’une seule chose. Pour les universaux, ce sont des formes séparées de la matière, mais seulement dans l'entendement qui les abstrait, et qui lui-même ne se sépare qu'incomplétement, relativement, de l'imagination et des sens. Ici l’intelligible
1 De Anima, 11, 12.
2 Ibid. 11, 2.
et l'intelligence, imparfaits et dépendants des choses sensibles et des sens, ne sont encore qu'imparfaitement et relativement identiques. Mais le premier principe , immatériel et séparé, objet, par conséquent, de pure intelligence, comment ne serait-il pas l’intelligence même, tout intelligence et par conséquent tout pensée? L'âme humaine est une chose qui pense , en qui l'acte et la faculté de penser sont distincts, parce qu'elle est jusqu’à un certain point en un sujet matériel, où il y a toujours de la puissance qui n'est pas encore venue à l'acte: Dieu est une intelligence qui se contemple éternellement elle-même, et qui ne diffère en rien de l'acte de sa contemplation. Dieu n’est pas une chose qui pense, mais un acte simple de pensée, qui est à lui seul son propre objet : sa pensée est la pensée d'une pensée ".
Ainsi cet acte simple duquel dépend , auquel remonte toute la nature, c'est l'acte de la pensée, réfléchie , concentrée en elle-même. Et c’est en effet à la pensée que la nature entière aspire et marche comme à la fin et au bien, par conséquent au principe suprême ?. Par l'amour qu'elle excite, l'intelligence divine produit d'abord dans le ciel ce mouvement rapide, duquel naît la chaleur, cause
νὸν. TAvol-VPRMITIMATIE Te NS
? Metaphys. IX , p. 186, 1. τῇ: ἅπαν ἐπ᾽ ἀρχὴν βαδίζει τὸ γιγνόμιενον χαὶ τέλος. ἀρχὴ γὰρ τὸ οὗ ἕνεκα; τοῦ τέλους δ᾽ ἕνεκα ἡ γένεσις. Phys. ΠῚ, τ. Eth. Nicom. III, 5.