LIVRE 1, CHAPITRE IT
nance et de l’accord des parties les unes avec les autres". Cet ordre, cette convenance, cet accord, il les reconnait plus estimables que les choses mêmes dans lesquelles il les voit régner?. Il y trouve ce caractere éminent, auquel l’homme seul est sensible, le caractère de la beauté 3. Or, c’est
1 Cic. de Fin. IL, 6 : Viditque rerum agendarum ordinem et, ut ita dicam , concordiam.
Ὁ Τὰς ibid., εἴ €. 7.
5 Id, de Off. 1, 4: Unum hoc animal sentit quis sit ordo... nullum aliud animal pulchritudinem, venustatem, convenientiam partium sentit. — Pulchritudinem, constantiam, ordinem. ( Constantia signifie proprement la conséquence ou conformité avec soi-même : De Fin. NV, 27 : Quærere.….. quid constanter dicatur, quid ἃ se dissentiat. Cf. Or. 58; Tusc. V,8; Acad. 1; 3 ; de Off.1, 7; pro Planc. 16.) — Chrysipp. ap. Galen. de Hippocr. et Plat. plac. V,p. 159: ἡ δ᾽ ἐν τοῖς μέλεσι συμμετρία, ἢ ἀσυμιμιεroid κάλλος ἢ αἴσχος. Cf. Diog. Laert. VII, 99, 100. (Aristote avait dit, Poet. 7: Τὸ γὰρ χαλὸν ἐν μεγέθει καὶ τάξει). — Cicéron, de Off.1, 28, où il parle d’après les Stoïciens : Pulchritudo corporis apta compositione membrorum movet oculos, et delectat hoc ipso quad inter se omnes partes cum quodam lepore copsentiunt ; sic hoc decorum, quod elucet in vita, movet approbationem eorum quibuscum vivitur, ordine et constantia et moderatione dictorum omuium atque factorum. Tuscul. IV, 14 : In animo, opinionum judiciorumque æquabilitas et constantia, cum firmitate quadam et stabilitate..… pulchrituldo vocatur, — Le decorum ( τὸ πρέπον ) qui tient de très-près au beau, consiste en ces trois choses : Formositas, ordo, ornatus ad actionem aptus; ibid. 35. De Nat. Deor. I, 58 : Venustatem, ordinem et, ut ita dicam, decentiam oculi judicant. — Quant à l’ordre même, les Stoïciens le définissaient : Compositionem ( σύνθεσιν) rerum aplis el accommodatis locis ; de Off. &o.— C’est sans doute aussi d’après les Sloïciens que Cicéron distingue deux genres de beauté : dignitas (ἀξία) el venustas ; venustas (quoique pris quelquefois en un sens plus large, comme dans un des passages cités ci-dessus ) signifie proprement le caractère de la beauté féminine, la grâce (à laquelle se rattachent le facetum, le lepidum , et mème le jocosum : pro Flace. 31 ; pro Dom. 34; Or. 6; de Off, 1, 37); et dignitas, le caractère de la beauté virile; de
dans le beau que consiste le bien, et le mal n’est autre chose que le laid.
En effet, le bon, selon les Stoiciens, c'est ce qui est de sa nature achevé, qui a toutes ses parties, et qui par conséquent n’admet ni plus ni moins, l'accompli, le parfait”. Maintenant ce qui est bon est désirable; ce qui est désirable est à rechercher ; ce qui est à rechercher est aimable; ce qui est aimable est digne d'approbation; ce qui est digne d'approbation est louable : or, l’objet de la louange, comme l'avait dit Aristoteÿ, c’est le beau 4. Mais comment établir que rien ne mérite approbation qui ne mérite louange? C'est sans doute que le bon étant une fois défini le parfait, l'approbation dont
Off.-1, 30, 36; cf. Or. I, 31. — La d'enites et le decorum se confondent presque. Voy. de Off. 1, 31; de Inv. I, 21.
1 Diog. Laert. VII, τοῖς; 127; Cic. de Fin. 1, passim. Slob. οὶ. τ. 11, p. 90 sqq. ; Senec. Ep. 120 : Nihil est bonum, nisi quod hone:tum est ; quod honestum est, utique bonum. — Æonestum lraduit encore assez exactement χαλὸν, de même que turpe αἰσχρόν. Au coutraire, le mot honnéte en français n’a plus aucun rapport évident à l'idée de beauté, Si donc on se sert de ce mot pour traduire χαλὸν ou honestum, la doctrine stoïcienne perd tout son sens.
? De Fin. WI, τὸ: Ego assenlior Diogeni qui bonum definierit id quod esset natura absolutum. Diog. Laert. VIL, r00 : Καλὸν δὲ λέγουσ! τὸ τέλειον ἀγαθὸν παρὰ τὸ πάντας ἀπέχειν (leg. ἔχειν) τοὺς ἐπιζητουμιένους ἀ-ιθμιοὺς ὑπὸ τῆς φύσεως. De ΟΥ̓. ; Ilud autem quod rectum tidem appellant, perfectum est, et, ut 1idem dicunt, omnes numeros habet, Πάντας ἀριθμοὺς ἔχειν en grec, omnes numeros habere en latin , signifient avoir toutes ses parties. Voy. Indic. Cicer, ed. V. Le Clerc (Paris, 1824, in-8°), p. 409.
5. Aristot. Rhet, 1, 9; Eth. Nic. 1, 12. Cf. δῖον. Ecl. t. II, p. 72.
* Diog. Laert. VII, 100; Cic. de Fin. III, 8; IV, 18; de Off. ἘΝ ἀν
il est l’objet, c’est aussi l’approbation parfaite, qui est la louange’. Tout ce qui est bon est donc louable, glorieux?, et par conséquent beau. Donc le bien, c'est ce en quoi consiste la beauté, c’est-àdire l'harmonie, la proportion, la convenanceÿ. Dans la philosophie d'Aristote, le bien est ce qu'on désire, et qui est désirable par soi-même : le bien est la fin, la cause finale, premiere cause de tout mouvement. La fin, c’est l’acte auquel le mouvement se termine. Des lors autant de différentes fins dans la nature, autant de différents biens; à chaque degré de l'être sa fin, et par conséquent son bien propre; chez l’homme, terme de la nature, une derniere fin, qui est celle où tend la nature entiere : savoir, l'acte immobile de Pintelligence pure. Mais cette fin, l’homme lui-même n'y peut parvenir, assujetti comme il l’est aux conditions du monde sensible, sans avoir, Jusqu à un certain point, accompli toutes les fins des parties inférieures de son être. Ce sont donc pour nous des biens relatifs, qui concourent à
1 Ce moyen terme qui manque, suivant Cicéron, au sorite des Stoiciens (νου. de Fin. 1V, 18, où i! faut entendre comme une interrogation « dabit hoc Zenoni Po'emon , etc. ») me semble bien indiqué dans ce passae de Sénèque, Ep. 56 : Ergo si omnis res, cum bonum suum perfecit, laud bils est, et ad finem uaturæ suæ pervenit. Æp. 118 : Honestum est perfectum bonum. Diog. Laert, VII, 100.
OC 7 τες V, 19.
5. De lin. 111. 6: Cum positum sit (se. summum bonum) in eo quod ὁμολογίαν Stoici, nos appellemus convenientiam.,
notre bien absolu, biens en puissance qui ne trouvent qu'en ce bien absolu leur véritable usage, instruments, organes, dont il est l'emploi et la mise en action’. Ainsi, outre les biens de l’âme, il y a aussi ceux du corps, comme la santé, la force, la beauté, et ceux même qui nous sont tout à fait extérieurs, comme le pouvoir et la richesse. —Pour les Stoiciens il n’est plus rien de simple; plus d’action sans mouvement, plus de pensée sans matière, plus d’unité sans multitude. Au lieu de remonter, dans la recherche du premier principe, jusqu’à une essence immatérielle, ils se sont arrêtés à une qualité, à une maniere d’être, à un rapport qui ne subsiste que dans la matière. Ils ont pris pour la cause premiere, au lieu de l’acte pur, la tension, au lieu de la simple intelligence, la raison. De même dans l’ordre de la pratique, ce n’est plus dans la fin pure et simple qu'ils font consister le bien; c’est dans le rapport ou la proportion des parties, qui constitue le parfait. De là l'identification du bien et de la beauté. — Or si à la rigueur on peut encore distinguer des perfections de différents ordres comme des fins différentes, cependant l’idée de la fin est plus relative à la tendance dont elle est l’objet: idée de la perfection se détermine par le rapport et par la proportion, caracteres rationnels abstraits, abso-
\ Magn. Mor.1, 2.