LEVRE 1, CHAPITRE
ment dans la nature, dans la raison, dans la vertu, et le bien de l’homme et tout bien. Pour eux la fin de l'homme n’est plus de dépasser et les limites trop étroites de la nature, et celles de son propre entendement: c’est uniquement d'achever, de parfaire en lui-même la nature, en voulant par raison, par vertu, pour l’ordre et la beauté qui y règnent, ce que la nature poursuit par instinct, et par conséquent en ne prenant pour but que l'ordre et la beauté.
La matière de la vie vertueuse se trouve donc dans les fonctions qui composent le premier ordre des choses naturelles, ou dans les convenables. Mais les convenables sont par eux-mêmes imparfaits. Pour les rendre parfaits, pour les transformer dans le bien, il faut les accomplir par raison, en vue de la seule beauté. Et alors ce sont des actions droites ( κατορθώματα ) 1, des actes de droite raison ou de vertu.
Ainsi ce en quoi la vertu consiste, c'est à faire de la vie humaine, au lieu d’un produit de la spontanéité naturelle, un ouvrage d'art. Elle est l’art de la vie ?, comme les Péripatéticiens appelaient la pru-
1 Stob. Ecl.t. Il, p. 158 : Τῶν δὲ καθυχόντων τὰ μὲν εἶναί φασι τέλεια, ἃ δὴ χαὶ χατορθώματα, λέγεσθαι. P. 184 : Κατορθώματα δ᾽ εἶναι λέγουσι χαθῆχον πάντας ἐπέχον τοὺς ἀριθμούς. ( Voy. plus haut), p. 188, n. 2.) Sen. Ep. 94 : Recta actio.
4 Senec. Ep. 90: Ars est bonum fieri. £p. 85 : Sapiens.., artifex
dence τ; en sorte que notre bien et notre félicité, effets de la seule vertu, sont notre propre ouvrage?. Seulement c'est un art qui ne tend pas à produire un ouvrage subsistant à part, en dehors et de l’art et de l'artiste. L'art de la vertu se termine à lui-même, à peu près comme le chant ou plutôt encore comme la danse; c’est un art immanent. —Ce sont les mêmes caractères par lesquels Aristote avait distingué de l’activité qui fait, qui produit quelque objet extérieur, celle qui agit seulement, ou la pratique 4.
Mais de même qu’expliquant la science par lintervention de la volonté dans les représentations des sens, les Stoïciens en out fait un art”, etmêmeune vertu, de même, dans l’art de la vertu, ils voient aussi une sciencef; d’où il suit, comme l'avaient dit Socrate, Platon, les Cyniques7, qu’elle peuts’enseïgner$.
C’est que, selon les Stoïciens, comme selon toute
vitæ. Ep. 29 : Sapientia ars est. Cic. Acad, 11, 8 : Sapientiam, artem wivendi, quæ ipsa ex sese habeat constantiam, Sext. Empir. Pyrh. hypot.\. II, ἃ. 25. Laert VII, 86 : Τεχνίτης γὰρ οὗτος (se. ὁ λόγος) ἐπιγίνεται τῆς δρμιῆς. Plutarch. de Plac. phil., proœm. : Φιλοσοφίαν, ἄσκησιν τεχνῆς ἐπιτηδείου. 1 Cicer. de Fin. V, 6.
% Senec. Ep. 74. Idée qui appartenait aussi aux Péripatéticiens. Voÿ. Cicer. de Fin. V, 21.
5 Cic. de Fin. 11,7.
Aristot. Eth. Nic. VI, 4.
Voy. plus haut, p. 134.
Diog. Laert. VII ; 93-4.
vd, ὙΠ} St.