LIVRE I, CHAPITRE IT
l'école de Socrate, la vertu ne procède que de la raison, et qu’elle ne tient rien d’aucune autre chose, supérieure ni inférieure. Généralement portés à résoudre en de pures idées abstraites la nature et le mouvement, Socrate et Platon avaient voulu réduire l'action à la spéculation et la vertu à la science. Aristote était venu montrer que la pratique, la vertu, comprenaient, comme la nature, un élément que l’entendement ne pouvait pas expliquer à lui seul, savoir, la faculté pratique elle-même; et il en avait rapporté l'origine à la partie passive et irraisonnable de l'âme. Comme le monde consistait, selon lui, dans l'union de l'élément matériel avec la pensée divine, de même la vertu consistait dans l’assujettissement des passions, par l'action répétée et devenue habitude, à la mesure supérieure que fournit la pensée : C'était un instrument, un organe plus ou moins obéissant de la pensée pure ". Pour les Stoiciens, la nature n'est plus un élément passif soumis -à l’action d'un principe différent et supérieur; c'est seulement une forme inférieure d’existence à laquelle l'unique principe, la raison, s’est spontanément abaissée : c'est une activité détendue, il est vrai, relâchée, mais non de la passion. Dès lors rien de naturel, rien de bon et d’utile dans les passions ?.
LWVOÿ: Fe vol. P: FILS ἘΠ’ €. 5.
? Voy. le traité de Sénèque, de /ra (où il réfute sur ce point les Peéripaléticiens), et le ΤΥ ὁ livre des Tusculanes.
Aristote les avait définies des mouvements de l’âme irraisonnables et susceptibles d’excès ! : les Stoiciens les définissent des appétits déjà et actuellement excessifs?, Et l’appétit n'étant pas pour eux comme pour Aristote, une tendance de la nature vers une pensée supérieure qui l’attire, mais la raison en mouvement, la passion ne peut être qu'un écart de la raison elle-même; au lieu d’une affection simplement irraisonnable, c'en est une déraisonnable, la raison en discorde avec la raison 4. La vertu est un jugement droit; la passion est un Jugement erroné, une opinion fausse 5. Aussi n'y a-til pas dans l’animal de véritable passion$.— De plus, la rectitude du jugement de la raison 7 vient de sa force® : ses écarts viennent de sa faiblesse. La vertu est la tension de la raison : la passion en est le relâchement et l’atonie”?. Enfin, dans l’âme comme
‘ Stob. Ecl.t. II, p. 36; cf. Aristot. Eth. Nic. IL, 5.
? Diog. Laert. VII, 110; Stob. loc. laud.
3 Stob. οί, τ, IL, p. 164 : Πάσας δὲ τὰς ὁρμὰς συγκαταθέσεις εἶναι, τὰς δὲ πραχτιχὰς καὶ τὸ χινητιχὸν περιέχειν.
1. Plutarch. de Virt, mor. 3. Dans tout ce traité, il oppose à la doctrine stoicienne celle des Péripatéticiens , que la vertu morale réside dans la partie de l'âme qui est ἄλογος, ὑπαχούουσα δὲ λόγῳ.
# Diog. Laert. VII, 111; Cic. Tusc. IV, 7. Galen. de Hippocr. et Plat. plac. IV, 3.
8 Cic. Tusc, V, 14.
7 D'où ὀρθὸς λόγος et χατορθωμαι.
δ΄ On ἃ vu (p. 165, π, 2) que les Stoïiciens définissent la ligne droite celle qui est tendue au plus haut degré,
* Galen. de Hippocr, et Plat. plac. IV, ap. Salmas. ad Epict. p. 94 :