‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 76 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

dans le corps, suivant les Stoiciens, la force avec laquelle le principe dirigeant règne dans toutes les parties, constitue la santé; c'est donc de l’affaiblissement du principe directeur que viennent les maladies : par conséquent les passions sont les maladies de lâme, ou au moins les affections d’où les maladies naissent *. La philosophie est la médecine qui doit nous en guérir. C’est pour cela sans doute que le cynique Diogène disait qu'on devait l'adorer comme Sérapis ? : Sérapis était le dieu de la médecine 3.

Cependant il se trouve dans l’âme même du sage quelque chose d’analogue aux passions, mais qui en même temps leur est opposé. Toutes les passions se réduisent en dernière analyse à quatre : le plaisir et la tristesse, le désir et la crainte4. Le sage n’éprouve rien qui ressemble à la tristesse; mais la précaution tient chez lui la place de la crainte, la volonté celle du désir, la joie intérieure ou la satisfac-

Αἰτιᾶται (sc. ὁ Χρύσιππος) τῶν πραττομένων οὐκ ὀρθῶς ἀτονίαν τε χαὶ ἀσθένειν τῆς ψυχῆς. — ἐνδόντος τοῦ τόνου τῆς ψυχῆς... — Καὶ ὡς κατὰ τοὺς οἱ ἐπὶ τοῦ σώματος λέγονται τόνοι, ἄτονοί τε χαὶ ἔντονοί ἐσμεν χατὰ τὸ νευρῶδες, καὶ ὁ ἐν τῇ ψυχῇ λέγεται τόνος, ὡς εὐτονία καὶ ἀτονία. Cf. Stob. Ec. τ. II, p. tro.

1 Cic. Tusc, IV, 10,

? Diog. Laert. VI, 63,

3 Cic. de Divin. II, 59. Diogène était de Sinope où l’on adorait Sérapis, et d’où son culte fut porté à Alexandrie, Tacit. Histor, IV, 81-5, — Epict. Diss. III, 22, compare aussi le vrai Cynique à Esculape.

4 ἡδονὴ, λυπὴ, ἐπιθυμία, φόθος. Diog. Laert. VII, 110. Lætitia, ægritudo , libido , metus. Cicer. Tuscul, IV, 6.

202 PARTIE IV.—HIiSTOIRE.

tion ! celle du plaisir ?. Seulement tandis que les passions sont des mouvements déraisonnables et excessifs 3, les affections du sage # sont des mouvements

raisonnables, modérés et paisibles 5, — La passion

est un excès de dilatation ou de resserrement qui détruit le ton normal et naturel de l'âme 6. Comme le feu divin, en se relächant de sa tension première, se change en des éléments inférieurs; de même, en se livrant à des mouvements excessifs, l’âme s’altère en sa constitution naturelle, et c'est par cette altération qu'elle tombe dans le vice. Telle est l’origine première de tout mal7. Les affections du sage sont comme des vibrations mesurées de l’âme, qui ne

Δ Senec. Ep. 23. Cf. Philon. ap. J. Lips. WManud. ad st. phil. TIX, 2.

? Ἑυλάθδεια, βούλησις, χαρά. Diog. Laert. VII, 116. Cautio, voluntas, gaudium. Cicer. Tuscul. IV, 6. Senec. Ep, 59.

5. Cicer, Tuscul. IV, 6 : Vehementiorem (sc. appetitum) eum volunt esse qui longius discesserit a naturæ conslantia. De Off. 1, 29 : Nam qui appetitus longius evagantur, et tanquam exsultantes, sive cupiendo sive fugiendo, non satis a ralione retinentur, hi sine dubio finem et modum transeunt, etc.

4 Εὐπαθείαι. Diog. Laert. VII, 115. ἢ

5 Id. ibid. Nam cum ratione animus movetur placide atque constanter, tum illud gaudium dicitur, etc. .

ὁ Galeu. de Hippocr, et Plat. plac. ap. Salmas. ad Epict, p. 60. Voy. plus haut, p. 183, n. 2.

7 Diog. Laert. VII, 158 : Αἰτίας δὲ παθῶν ἀπολείπουσι τὰς περὶ τὸ πνεῦμα τροπάς. On ἃ vu que τροπὴ est le terme technique pour la transmutation des éléments. — Chalcid. ἐπ Tim. p. 395 : (Stoici) perversitatem seminarium malorum esse causati sunt. P. 396 : Stoicos frustra causari nescio quam pérversilatem, — Perversitas est probablement la traduction de τροπὴ ou προτροπή, Diog. Laert. VIT, 114 : Τέρψις δὲ οἷον τρέψις, προτρυπὴ τῆς ψυχῆς ἐπὶ τὸ ἀνειμένον. V, plus haut, p. 183, n. 2.

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