‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 77 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE

portent pas atteinte à sa constance !, qui la laissent subsister dans sa tension essentielle et dans sa rectitude. De même donc que l’Aristotélisme, le Stoicisme admet des affections légitimes. Mais l'Aristotélisme en place le siége, au moins en partie, dans l'élément passif de notre âme : le Stoïcisme en fait des mouvements de la raison elle-même.

Aussi les vertus proprement dites sont pour Aristote les vertus sr7orales, celles qui s’acquièrent non, comme la science, par l'enseignement, mais, ainsi que leur nom l'indique, par les mœurs, la coutume, l'exercice, qui, sous la direction de la raison, transforment en habitudes immuables les dispositions naturelles de la partie passive de notre âme. Ce sont là selon lui les vertus spéciales de l'homme?, moyen terme entre la nature et Dieu; car elles sont aussi intermédiaires entre les vertus physiques ou dispositions naturelles, leur condition et leur matière, et les vertus purement intellectuelles, leur forme supérieure et leur fin; vertus qui sont celles de l'intelligence pure, et dans lesquelles consiste la parfaite sagesse, mais qui par là même ne se trouvent entières et pures qu'en Dieu seul. — Pour les Stoïciens la vertu est uniquement la raison, Ni des dispositions physiques différentes de la raison

! Cicéron traduit même εὐπαθείας par constantiæ. 5 Aristot. £th. Nic. X, 8.

méme, ni la coutume n’y contribuent. C’est bien, comme Aristote, dans la stabilité qu’ils font consister le caractere de la vertu : quand on accomplirait tout ce qui convient à la nature humaine, on n'aurait pas encore atteint le point de la perfection ; il faut de plus qu’une semblable vie soit pour l’âme une maniere d’être, une habitude immuable. Mais selon eux l'habitude, ou la disposition vertueuse ne résulte pas de la coutume : c'est une sorte de cohésion et de solidité de l'âme; et comme la cohésion résulte dans le corps de la tension de l'esprit igné qui y domine, de même dans l’âme elle vient uniquement de la tension volontaire et soutenue de la raison. — En conséquence, les diverses vertus ne sont pas seulement inséparables comme Aristote l'avait cru, et en ce sens que, résultant toutes d’une même et indivisible raison appliquée à des penchants divers, on ne peut en avoir une sans avoir aussi toutes les autres: mais procédant toutes uniquement d’un seul et même penchant de la raison elle-même, elles sont inséparables dans l'usage, dans l'acte, non pas seulement dans la possession, et on ne saurait en exercer une seule sans exercer par cela même et dans le même instant toutes les autres ?. Toutes les

Chrysipp. ap. Stob. Serin. CIIT, 22 : ὅταν αἱ υἱέσαι πράξεις αὗται προσλάδωσι τὸ βέθαιον χαὶ ἐχτιχὺν, χαὶ ἰδίαν πῆξίν τινα λαθῶσι.

? Diog. Laert. VII, 125; Plutarch. de Stoic. rep. 7 ; Cicer. Tuscul II, 14. Cf. Aristot, Eth. Nicom. VI, 15.

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